Le nouveau pouvoir évangélique

Brève proposée par Philippe Meyer dans l'émission Municipales : antichambre de 2027 ou élections locales ? / Quatre années de guerre : effets sur la Russie / n°444 / 1er mars 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Le nouveau pouvoir évangélique

Philippe Meyer

"Et puis cet ouvrage de Sébastien Fath, qui propose une analyse très éclairante de la montée en puissance du mouvement évangélique, non seulement aux États-Unis mais à l’échelle mondiale, en montrant comment ce courant religieux est devenu un acteur politique, culturel et social majeur. Le livre permet de comprendre les ressorts historiques, sociologiques et géopolitiques de cette influence croissante, souvent mal perçue en Europe. Il constitue une base précieuse pour appréhender un phénomène appelé à jouer un rôle durable dans les équilibres internationaux contemporains, au point que nous y reviendrons prochainement avec son auteur dans une émission thématique. "


Les autres brèves de l'émission :

Colonne

Philippe Meyer

"Ce livre d’Adrien Bosc reconstitue le passage de la philosophe Simone Weil en Espagne au début de 1936, à partir de très peu de ses propres écrits mais de nombreux témoignages de ceux qui l’ont côtoyée durant ces quelques mois marqués par son engagement et par l’accident qui l’obligea à quitter le front après s’être gravement brûlée. Le récit s’appuie notamment sur une lettre admirable adressée à Bernanos, qu’il conserva toute sa vie aux côtés de celle d’un évêque, preuve de l’impact qu’elle eut sur lui au moment où, après avoir cru devoir soutenir Franco, il rompait radicalement avec ses convictions initiales pour dénoncer l’inhumanité de la guerre civile espagnole. On y retrouve l’écho de cette phrase terrible, « Pire que la férocité des brutes, il y a la férocité des lâches ». C’est un court ouvrage, aujourd’hui disponible en poche, d’une grande intensité morale et intellectuelle, qui m’a fortement impressionné."


Les espions du président

Marc-Olivier Padis

"Cet ouvrage d’Antoine Izambard et Pierre Gastineau s’inscrit dans le renouvellement des enquêtes sérieuses consacrées au monde du renseignement, devenu depuis quelques années un véritable objet d’analyse journalistique et académique. Les deux auteurs, journalistes à Intelligence Online, prennent pour point de départ l’attention singulière portée par Emmanuel Macron aux services de renseignement, contrastant avec l’intérêt plus limité que leur accordaient nombre de ses prédécesseurs, sauf lorsqu’ils étaient directement concernés. Le livre montre combien les enjeux internationaux structurent désormais l’activité de ces services, depuis la guerre en Ukraine, mal anticipée par la France, jusqu’aux revers africains marqués par une série de coups d’État ayant affaibli l’influence française. Il aborde aussi la montée en puissance du renseignement économique, devenu une priorité stratégique, et permet ainsi de comprendre concrètement la place centrale qu’occupe aujourd’hui le renseignement dans la conduite de la politique française."


Inflexions (revue)

Akram Belkaïd

"Cette revue de l’armée de terre, ouverte aux civils, propose à chaque numéro une réflexion approfondie autour d’un thème unique, et le dernier numéro, consacré au ralentissement m’a particulièrement retenu. J’y ai lu un article remarquable du général de corps d’armée Michel Yakovlev consacré à la notion de syncope appliquée aux armées, entendue au sens musical du jazz : cette rupture volontaire du rythme qui permet, paradoxalement, de reprendre l’initiative. Il montre comment, dans l’histoire militaire, savoir ralentir, temporiser ou attendre peut devenir une condition de la victoire, de Napoléon jusqu’à certains commandements français de la Première Guerre mondiale. Cette réflexion résonne directement avec les interrogations contemporaines sur l’attitude des Occidentaux face à la guerre entre l’Ukraine et la Russie : que signifie attendre, et l’attente peut-elle constituer une stratégie ? C’est une revue toujours stimulante, qui aborde des sujets rarement traités ailleurs et offre des perspectives intellectuelles inattendues."


Rêveries de pierres : poésie et minéraux de Roger Caillois

Nicole Gnesotto

"Cette exposition, gratuite — ce qui devient suffisamment rare pour être souligné — se tient dans la remarquable École des Arts Joailliers, installée sur les Grands Boulevards dans le bâtiment du musée Grévin, aujourd’hui transformé par Van Cleef & Arpels en un lieu consacré à la culture de la pierre et du bijou. Après une très belle exposition consacrée aux perles, le musée présente, en partenariat avec le Muséum d’histoire naturelle, près de deux cents pierres issues de la collection personnelle de Roger Caillois, dont j’ignorais qu’il fut non seulement ethnologue et sociologue, mais aussi passionné de minéralogie. L’exposition révèle le dialogue qu’il établissait entre science, imaginaire et poésie, à travers des onyx, agates, marbres, fluorites ou cristaux dont les formes évoquent des paysages entiers — l’affiche, intitulée Cime, montre ainsi un onyx ressemblant à une montagne chinoise. Les textes de Caillois accompagnent ces pierres et invitent à une véritable méditation esthétique, notamment lorsqu’il écrit que le cristal, contrairement aux âmes, ne projette pas d’ombre, observation que l’on vérifie presque physiquement en parcourant l’exposition, d’une beauté saisissante."


Denise Bellon, un regard vagabond

Lucile Schmid

"Cette exposition du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, consacrée à la photographe Denise Bellon, permet de redécouvrir une photographe née en 1902 qui a traversé tout le XXe siècle en embrassant presque toutes les dimensions de son art. On y voit d’abord ses images de l’entre-deux-guerres, notamment des corps féminins photographiés avec une liberté et une modernité saisissantes, nourries par sa proximité avec le mouvement surréaliste et André Breton, qu’elle retrouvera encore en 1960 lors des prises de vue au désert de Retz. Mais l’exposition montre aussi la photographe engagée et journaliste, attentive aux réalités du monde, documentant la Finlande, l’Afrique coloniale ou encore, en 1945, les orphelins de la Shoah. Certaines images sont devenues profondément symboliques, comme ce photomontage de la baignoire d’Henri Langlois remplie de bobines de films sauvées pendant la guerre. À travers ses travaux de photographie sociale, ses portraits, ses reportages et son travail de photographe de plateau aux côtés de sa fille, apparaît une femme libre, attentive aux visages et aux mondes fragiles ou disparus — de la communauté juive de Djerba à tant d’existences que seule la photographie permet désormais de continuer à regarder."