Géopolitique de la mer Rouge (revue Hérodote n°196 - premier trimestre 2025)

Brève proposée par Béatrice Giblin dans l'émission La gauche, combien de divisions ? / Le désordre Houthi / n°477 / 18 octobre 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Géopolitique de la mer Rouge (revue Hérodote n°196 - premier trimestre 2025)

Béatrice Giblin

"Pour une fois, j’ose conseiller la lecture d’un numéro de la revue que je dirige, paru il y a deux ans, qui permet de mieux comprendre la géopolitique de la mer Rouge en la considérant comme un ensemble civilisationnel, une sorte de Méditerranée. On y trouve des analyses transversales, notamment sur les migrations de la côte africaine vers le Yémen, où les passeurs utilisent les migrants comme monnaie d’échange contre des armes. Un article particulièrement éclairant est signé par un jeune docteur qui a mené un important travail de terrain. Le numéro propose également des études de cas sur les pays riverains, notamment sur les projets de développement de Mohammed ben Salmane. L’ensemble aide à mieux saisir la complexité de cette région."


Les autres brèves de l'émission :

Paye tes urgences

Philippe Meyer

"Je voudrais signaler cette bande dessinée réalisée par Toma E, un auteur qui est manifestement lui-même infirmier urgentiste. Il décrit et illustre l’univers des urgences avec une remarquable qualité d’observation, aussi bien des patients que de l’ensemble des soignants. Il saisit ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ce qui marche bien et ce qui tient parfois du hasard. Malgré les difficultés considérables que connaissent ces services, le livre est traversé par une forme de foi dans la volonté de nombreux soignants d’exercer leur métier le mieux possible. C’est ce qui rend cette lecture particulièrement tonifiante."


Sermons sous les décombres

Béatrice Giblin

"L’intérêt de ce livre de Delphine Horvilleur n’est plus à démontrer, mais je voudrais souligner l’honnêteté de cette réflexion sur les textes religieux, leur interprétation et ce qu’ils peuvent nous apporter pour comprendre le monde actuel. J’aimerais pouvoir lire une démarche comparable du côté musulman en France, qui interrogerait avec la même franchise l’importance des textes et ce qu’on leur fait dire. Cette honnêteté intellectuelle me paraît particulièrement précieuse."


Perfect victims

Akram Belkaïd

"Je voudrais répondre à Béatrice Giblin en signalant cet ouvrage de Mohammed El-Kurd, essayiste, politiste et poète palestinien, devenu un best-seller notamment aux États-Unis. Il y analyse ce qu’il appelle l’empathie conditionnelle de l’Occident envers les Palestiniens : pour être reconnus comme des victimes, ceux-ci devraient être irréprochables, pacifiques, dépourvus de colère. C’est une forme de déni d’humanité qu’il dénonce en s’appuyant notamment sur une analyse très documentée du traitement médiatique des victimes, constamment soupçonnées d’une éventuelle complicité avec le Hamas. Delphine Horvilleur, qui a contribué, par ses prises de position après le début de la guerre à Gaza, à diaboliser ceux qui alertaient sur les risques de crimes de masse et de crimes de guerre, gagnerait à le lire. Ce livre éclaire le ressentiment des Palestiniens et d’une grande partie du monde arabe face au « deux poids deux mesures » occidental, qui conduit à considérer certaines victimes comme moins dignes de compassion que d’autres."


Le financement des retraites des fonctionnaires

Jean-Louis Bourlanges

"J’ai été frappé par l’importance du dégagisme et du négativisme dans la polémique politique autour du coût des retraites des fonctionnaires. Il est parfaitement exact que ces dépenses, bien que présentes dans les budgets des différents ministères, n’ont pas été identifiées comme telles dans le chiffrage global. Je comprends donc le constat qui a été fait sur leur sous-estimation. Mais il est extraordinaire que ceux qui dénoncent aujourd’hui cette dissimulation soient souvent les mêmes qui nous expliquent depuis cinq ans qu’il n’existe aucun problème de financement des retraites et qu’on pourrait revenir à 62 ans, voire à 60 ans. Or cette révélation montre précisément que le problème est encore plus grave qu’on ne le disait. Cette incohérence illustre une forme préoccupante de dégagisme : peu importe la cohérence des arguments, pourvu que ceux qui exercent le pouvoir s’en aillent."