Les brèves

Chanson bretonne

Nicole Gnesotto, créée le 12-04-2020

"Je me dois de vous recommander ce livre magnifique de J-M-G Le Clézio, paru en février dernier. Ce n’est pas une chanson, ce n’est pas une nouvelle, c’est un court texte, un hymne à la Bretagne de son enfance, celle des années 1950, plutôt isolée, pauvre, paysanne et belle à en couper le souffle. Le Clézio signe un texte émerveillé, lyrique et sobre à la fois, qui en ces temps de confinement permet de voir la mer, ou comme il le dit lui-même, de « manger la mer ». "


Une brève éternité

François Bujon de L’Estang, créée le 12-04-2020

"Je voudrais partager avec nos auditeurs l’intérêt et le plaisir que j’ai eus à lire le dernier essai de Pascal Bruckner, "Une Brève Eternité », paru chez Grasset en décembre 2019, dont j’ai trouvé dans l’ensemble la lecture intéressante et agréable, mais surtout ragaillardissante. Le livre porte le sous-titre « Philosophie de la Longévité », sous-titre fort approprié, car c’est bien cette philosophie que Pascal Bruckner y esquisse avec élégance, profondeur, et sérénité. «  Une Brève Eternité » est en effet une réflexion sur la vieillesse et la mort, mais sur une vieillesse retardée et une mort, pour toujours inévitable qu’elle soit, désormais différée. La réflexion de Bruckner est centrée sur le sursis généreux que la démographie nous accorde. Notre espérance de vie, constate-t-il, a gagné 15 ou 20 ans par rapport à celle des générations antérieures, celles de nos pères et grand-pères. Une vingtaine d’années de plus nous est octroyée, qui se situe entre la maturité et la vraie vieillesse, et que l’auteur appelle, d’une jolie formule, « l’été indien de la vie ». Un cadeau ambigu, dont il faut savoir user avec un mélange bien dosé de gourmandise et de sagesse, sans pour autant verser dans les travers qu’il peut engendrer chez certains - tels le « jeunisme », le refus caricatural de vieillir ou simplement d’assumer son âge, qui caractérise souvent nos contemporains : un ridicule que l’auteur dénonce avec un esprit non dénué d’une certaine vacherie assez bien tournée, qui donne au livre quelques-unes de ses pages les mieux venues."


Monsieur Deligny, vagabond efficace

Marc-Olivier Padis, créée le 12-04-2020

"Je voudrais vous recommander un documentaire qui aurait dû sortir en salle juste avant le confinement, et qui est visible en ligne sur le site dont vous avez le lien. Fernand Deligny était un éducateur, qui s’est consacré à partir des années 1960 aux enfants en difficulté, et a notamment refusé l’internement pour les enfants autistes. Il a été en contact avec François Truffaut après les Quatre Cents Coups, et avait développé plusieurs projets de films avec les enfants dont il s’occupait. C’est ce que raconte ce documentaire, comment la caméra pouvait permettre à ces enfants de contacter autre chose du réel. "



Disparition de Patrick Devedjian

Jean-Louis Bourlanges, créée le 05-04-2020

"Je voudrais dire quelques mots sur la mort de mon ami Patrick Devedjian. Ce fut pour moi une douleur personnelle, puisque nos deux familles étaient profondément liées et qu’il il m’avait beaucoup accompagné lors de la disparition de mon épouse. Deux choses frappaient chez lui, d’abord une extraordinaire juvénilité d’apparence, avec ce regard pétillant de malice, qui rend plus difficile encore l’acceptation de sa mort. Mais au-delà de cela, je voudrais dire qu’il était l’un des rares hommes politiques à avoir authentiquement mis au coeur de ses priorités la culture, l’art, la musique. Ce qu’il a fait dans les Hauts-de-Seine pour la Seine Musicale, ou le concours qu’il n’a cessé d’apporter aux formations orchestrales de Laurence Equilbey, cela témoignait d’une vraie conviction personnelle. Il était de ce point de vue une espèce de prince de la Renaissance, un héritier de l’Orient également, quelqu’un qui considérait que la vie collective était faite pour aboutir à la beauté. En ces temps difficiles où l’on a une conception très dégradée de l’engagement politique, il me semble que cet idéal, qu’il a porté très haut, mérite d’être salué."


Sous le Soleil de Satan

Philippe Meyer, créée le 05-04-2020

"Je vous recommande cette réédition du roman de Bernanos, parue il y a quelques mois déjà dans la collection Folio Classique. Elle s’accompagne d’une excellente préface de Michel Crépu, le patron de la nrf, ainsi que d’une très intéressante chronologie de la vie de Bernanos, établie par son petit-fils Gilles. Elle aidera beaucoup de gens qui y voient flou quand on parle de Bernanos, ne sachant pas très bien quelle sorte d’histoire personnelle et politique a été la sienne. "


Rouge vif L’idéal communiste chinois

Nicole Gnesotto, créée le 05-04-2020

"Ma brève concerne la Chine ; je vous recommande ce livre d’Alice Ekman paru en février dernier. Alice Ekman est universitaire, maître de conférences à Sciences Po. Son propos est de montrer, avec énormément de conviction je dois dire, que la Chine n’est pas une dictature capitaliste, que pays a une vraie idéologie communiste, que l’objectif de Xi Jinping est de parvenir « à la disparition ultime du capitalisme et à la victoire finale du socialisme ». Elle le fait à partir d’enquêtes extrêmement intéressantes de plus de 400 personnes interrogées pendant 7 ans. C’est vraiment troublant de s’apercevoir que le régime chinois est peut-être un vrai militant du communisme."


Une certaine idée de l’Europe

Michaela Wiegel, créée le 05-04-2020

"Retour à l’Europe pour ma part. J’ai relu ce petit essai de Georges Steiner, disparu juste avant la crise du Covid-19. Quand on s’y replonge, on voit bien tout ce que cette crise a suspendu. Sa grande idée est de dire que ce sont les cafés qui font l’Europe. Dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l’un des jalons essentiels de la notion d’Europe. Il écrit : « la dignité de l’Homme, c’est la découverte de la sagesse, la quête d’un savoir désintéressé, la création de beauté. Gagner de l’argent et inonder nos vies de biens matériels de plus en plus dénués d’intérêt est une passion profondément vulgaire et dévastatrice ». "



Le chant des bêtes

Lucile Schmid, créée le 29-03-2020

"Un ouvrage passionnant et original de Jean-François Lattarico, qui porte sur la présence de l’animal à l’opéra. Peut-être certains d’entre vous avaient-ils lu le silence des bêtes, d’Elisabeth de Fontenay, . Il y a une certaine résonance avec ce livre-ci, qui raconte comment la scène lyrique regorge d’animaux : perroquets, rossignols, bulldog d’Offenbach ou grenouilles de Rameau. Dans ce moment où la question du langage est bouleversé, ce livre donne à voir comment, à travers les questions du chant, de l’aboiement, du cri, nous trouvons d’autres manières de nous parler. À la fois érudit, très émouvant et passionnant."