Les brèves


Le bal de la rue Blomet

Marc-Olivier Padis, créée le 23-04-2023

"Je vous recommande ce roman de Raphaël Confiant, publié chez Mercure de France. Il s’appuie sur l’histoire vraie d’un bal très célèbre à Paris après la Grande Guerre, le bal du 33 de la rue Blomet, également appelé « le bal colonial » ou, suite à un article célèbre de Robert Desnos « le bal nègre ». Ce bal a revu le jour il y a quelques années, mais plus sous ce nom évidemment. C’était un endroit magnifique, rendez-vous des Martiniquais de Paris, les ouvriers du Quai de Javel venaient y danser la biguine, une musique dont l’ancienneté et l’authenticité le disputent au jazz. Raphaël Confiant raconte cette histoire avec nostalgie, car la biguine est aujourd’hui bien oubliée. Histoire de la musique, histoire de Paris, histoire des Antillais parisiens, le tout dans une langue magnifique."


Postures médiatiques : chronique de l’imposture ordinaire

Philippe Meyer, créée le 23-04-2023

"Et puis je voudrais recommander le livre d'un agrégé de philosophie ancien inspecteur pédagogique régional dans cette matière, André Perrin. Ce livre a pour titre « Postures médiatiques » et comme sous-titre « chronique de l'imposture ordinaire ». Il s’emploie, exemple après exemple et démontage après démontage, à pourfendre le cléricalisme qui étouffe l’esprit critique ou même la simple prise de distance dans trop de médias écrits, audios ou vidéos. Je m'étais abstenu d'en rendre compte parce que beaucoup -mais pas toutes, il s’en faut- des prises à partie très documentées qui font la qualité de ce livre concernent France Culture et que je ne voulais pas qu'on puisse douter de la sincérité de mon éloge en le mettant sur le compte d’une tentative de règlement de comptes avec celle qui a dû démissionner de la direction de cette chaîne et qui s’est tant employée à nous nuire. L’auteur a trois qualités : la précision dans la critique, une mémoire qui lui permet de mettre les imprécateurs face à leurs contradictions, leurs incohérences et leurs impostures, et un humour dont les traits peuvent être ravageurs. J’en ajouterais volontiers une quatrième, la bravoure qui fait aller André Perrin sur tous les terrains minés par celles et ceux qu’il démasque. Lorsqu’il lui arrive, tout philosophe qu’il est, de se laisser emporter et de lâcher quelque sophisme, force est de reconnaitre que ce n’est pas, comme ceux dont il se moque, par peur de ne pas être dans le troupeau de Panurge."


La septième croix

Béatrice Giblin, créée le 16-04-2023

"Le roman que je vous recommande a été écrit en 1938 et publié en 1942. Il est signé d’Anna Seghers, écrivaine communiste et juive, et je viens seulement de le découvrir. Il a récemment été réédité et la traduction de Françoise Toraille est remarquable. L’auteure s’est réfugiée en France en 1933, et a dû quitter la France un peu plus tard. Au milieu des années 1930, sept prisonniers communistes allemands s’évadent d’un camp. Le commandant fait construire sept croix, sur lesquelles ils seront suppliciés car il est convaincu qu’il va les retrouver tous les sept. Il en récupérera six, et la septième croix restera vide. Le roman raconte l’histoire de ce fugitif, qui essaie d’échapper à ceux qui le traquent. C’est absolument remarquable dans la description de la lâcheté, de la médiocrité d’une grande partie des gens, mais aussi dans l’héroïsme de quelques-uns. Extrêmement émouvant."


Vassili Grossman

Nicolas Baverez, créée le 16-04-2023

"Le polyptyque que je vous recommande est littéraire : il s’agit de la publication par Calmann-Lévy d’un formidable ensemble de textes de Vassili Grossman. Il y a d’abord les deux livres sur la bataille de Stalingrad : Pour une juste cause, et Vie et destin. Ce sont des livres extraordinaires, et à ma connaissance les seuls où l’on décrit la vie des camps à la fois côté nazi et côté stalinien. Il y a aussi les correspondances de guerre, et un autre grand roman, Tout passe, sur la libération d’un prisonnier des camps. L’ensemble est vraiment formidable, et relire cela à la lumière de ce qui se passe en Ukraine est très impressionnant."


Voyage au bout de la gauche : des guerres fratricides à la Nupes, la folle histoire d’une renaissance

Jean-Louis Bourlanges, créée le 16-04-2023

"Je vous conseille ce livre de Laurent Telo. Quiconque s’intéresse à la politique française le trouvera très précieux, car il montre de façon très vivante (et souvent très drôle) la façon dont la gauche s’est littéralement effondrée autour de la candidature de Mme Hidalgo (parallèlement à celle de Mme Pécresse à droite), et la façon dont M. Mélenchon a réussi a réussi par son talent personnel et son intelligence tactique, à reconstituer une gauche unie, essentiellement autour de lui-même, alors que ce que représente la Nupes est en rupture assez profonde avec les valeurs traditionnellement représentées par la gauche. L’éclairage mis sur tout cela est bienvenu dans une période où la gauche s’interroge sur la pertinence du modèle incarné par la Nupes. Pour réfléchir à l’avenir, s’interroger sur ce passé immédiat sera très utile. "


Tableaux pluriels : voyage parmi les polyptyques d’hier et d’aujourd’hui

Lionel Zinsou, créée le 16-04-2023

"Je vous conseille un bon auteur, habituellement connu pour autre chose que sa plume : Laurent Fabius. Il ne fait pas que du droit constitutionnel, mais de plus en plus d’histoire de l’art, et dans sa vie personnelle de plus en plus de peinture. Et comme il aime les grands formats et qu’il a un petit atelier, il divise ses tableaux. Il est donc allé étudier les polyptyques. Le sujet de ce livre est certes un peu élitiste, mais vous avez ainsi un panorama des polyptyques depuis l’Antiquité. C’est très érudit, et il est toujours agréable de savoir que les constitutionnalistes sont aussi d’excellents historiens de l‘art. "


La verticale de la peur : ordre et allégeance en Russie poutinienne

Philippe Meyer, créée le 16-04-2023

"Je vous recommande ce livre de Gilles Favarel-Garrigues, aux éditions La Découverte. L’auteur est directeur de recherches au CNRS, spécialiste de la délinquance, de la justice et de la police en Russie. Il entre dans les détails d’une enquête sur le terrain, et il faut reconnaître que ceux-ci peuvent être stupéfiants, je pense à tout ce qui concerne les huissiers. Surtout il décrit le maillage entre l’idéologie despotique et la corruption, qui est poussée à un point que le régime soviétique ne pouvait pas se permettre. La destruction du système communiste a ajouté du cynisme à la corruption, on a désormais l’impression que tous ces corrupteurs ont fait de hautes études de commerce, et manient la corruption avec une finesse et une efficacité glaçantes. "




Paul Strand ou l’équilibre des forces

Lucile Schmid, créée le 26-03-2023

"Je vous recommande cette exposition photographique à la Fondation Henri Cartier-Bresson. Paul Strand est un photographe américain, connu pour deux choses. D'abord, son goût de l'esthétique. Et puis, l'exposition est consacrée à toute la vision politique de Paul Strand, qui était membre de l’American Labour Party, et qui fut obligé de quitter les États-Unis à cause du maccarthisme. Il a poursuivi d'une manière assez singulière une sorte de quête : aller dans des lieux isolés, ceux de la précarité rurale, et prendre en photo ces familles dans la plaine du Pô, avec cette femme dont le mari a été battu à mort par les fascistes et qui survit avec six ou huit enfants qui n'ont aucun avenir. Mais Il va aussi aux Hébrides. Il a habité en France, à Orgeval jusqu'en 1976. C’est en Charente qu’il prendra sa photo la plus connue, celle d'un jeune homme en colère, qui nous fixe d'une manière incroyable. A chaque fois Paul Strand faisait parler les personnages qu'il avait pris en photographie, et associait très souvent un discours politique à ses clichés. Allez voir cette exposition, elle est magnifique. "


La fin de l’antijudaïsme chrétien

Isabelle de Gaulmyn, créée le 26-03-2023

"Puisque Pâques approche, je voulais vous parler d'un livre de Philippe Chenaux sorti il y a peu. L’auteur est un historien français qui travaille au Vatican. Alors c'est une belle histoire, qui finit bien, cependant il aura fallu 20 siècles avant que l'Église condamne enfin ouvertement l'antijudaïsme avec Vatican II. Et ce qui est intéressant dans ce livre, c'est qu’on commence à voir aujourd'hui le travail des historiens sur les archives Pie XII qui ont été ouvertes par le pape François. On s'intéresse toujours à ce que Pie XII a fait pendant la guerre, mais après guerre, on voit ici comment il a continué à rejeter tous les efforts pour que l'Église catholique reconnaisse sa responsabilité dans la Shoah et dans l'antijudaïsme. Et comment il a fallu attendre que Jean XXIII arrive pour qu'il y ait enfin cette ouverture. Ce livre est très émouvant parce qu'il parle à la fois de Jean XXIII et d'un autre personnage très intéressant : Jules Isaac, un professeur juif français et qui a beaucoup fait avec Jean XXIII pour ce rapprochement et passer d'une théologie du mépris par rapport au judaïsme, à quelque chose de beaucoup plus équilibré. Par ailleurs, il se trouve qu’on va fêter cette année l'anniversaire de leur mort puisque les deux sont morts en 1963. "