Les brèves

En finir avec le règne de l’illusion financière : pour une croissance réelle

Jean-Louis Bourlanges, créée le 02-10-2022

"Je vous recommande ce livre de Jacques de Larosière. Ce n’est pas le premier cri d’alarme que lance l’auteur, mais celui-ci est particulièrement bien argumenté, pertinent, et écrit de façon claire. Il s’agit d’une critique générale des banques centrales. Avoir accepté de leur part une politique durable de taux d’intérêt négatifs est une catastrophe à long terme, à la fois sur le plan économique et sur le plan social. Cela a favorisé un déclin de l’investissement productif, une fuite en avant dans la recherche d’actifs financiers à risque, un encouragement aux bulles, et un encouragement massif au déficit budgétaire. Il souligne les conséquences sociales de tout cela : un accroissement systématique des inégalités en Occident, au profit des 10% les plus riches qui peuvent se permettre de jouer à ce jeu. Il y a derrière tout cela un affaissement économique de l’Occident, une rupture des liens sociaux, et des risques économiques à court terme. "


Hommage à Paul Veyne

Nicolas Baverez, créée le 02-10-2022

"Je voulais rendre hommage à la mémoire de Paul Veyne, qui vient de disparaître à 92 ans. C’était non seulement un immense historien mais aussi un esprit très curieux, quelqu’un qui a toujours été en décalage. Avec sa célèbre thèse sur le pain et le cirque, il a renouvelé notre vision de la société romaine, mais il a aussi interrogé les Grecs pour savoir s’ils croyaient vraiment à leur mythes. Plus récemment, il était revenu sur Palmyre à l’occasion de la destruction du site par les djihadistes de l’Etat islamique. Avec tout cela, il montrait à quel point l’Antiquité reste importante pour notre monde d’aujourd’hui, comment elle a façonné l’invention de la liberté politique. A l’heure où celle-ci est de plus en plus malmenée, et où la destruction de l’enseignement des lettres classiques semble systématique en France, la disparition de Paul Veyne n’en est que plus regrettable."


Le temps des guépards - La guerre mondiale de la France de 1961 à nos jours

Marc-Olivier Padis, créée le 02-10-2022

"J’ai récemment lu ce livre de Michel Goya, un militaire que l’on voit parfois désormais sur les plateaux de télévision à propos de la guerre en Ukraine. Il s’agit d’une synthèse, jamais faite auparavant, sur l’ensemble des interventions extérieures de la France depuis la fin de la guerre d’Algérie. En lisant ce livre, on prend d’abord conscience de l’importance numérique de ces opérations d’envergure, puisqu’il y en a eu trente-deux. L’armée française est donc mobilisée en permanence dans des opérations extrêmement délicates, qui ne font pas toujours l’objet d’échos importants. Avoir un tel panorama est non seulement impressionnant mais aussi précieux, car cela permet de comprendre l’évolution profonde de l’institution militaire depuis la décolonisation, avec un point de vue de militaire, c’est à dire qui s’intéresse à des sujets dont on ne discute habituellement jamais : la qualité des matériels, les tactiques ou les formes d’intervention. On apprend énormément avec cet ouvrage."


La rafle du Vel d’hiv : Paris, juillet 1942

François Bujon de L’Estang, créée le 25-09-2022

"Je ne suis sans doute pas le premier à le faire, mais je tiens à saluer le livre de Laurent Joly. C’est évidemment une lecture extraordinairement émouvante, mais aussi très intéressante car l’ouvrage est un modèle de rigueur dans la documentation et de clarté dans les conclusions qu’il dégage. C’est l’un des évènements les plus douloureux et honteux de l’Histoire de France, il n’était pas facile de s’y plonger ainsi, en étudiant aussi exhaustivement des archives très disparates. Il est toujours bon de regarder le passé de son pays avec courage. Dans le rafle du Vel d’hiv, contrairement à ce qui s’est passé aux Pays-Bas ou en Belgique, les Allemands n’ont pas participé, et la responsabilité de ce terrible évènement incombe totalement aux autorités de l’Etat de Vichy et notamment à deux personnes : Pierre Laval et René Bousquet."


Paris et nulle part ailleurs

Matthias Fekl, créée le 25-09-2022

"Je vous conseille de vous rendre au Musée de l’histoire de l’immigration à la Porte Dorée, désormais dirigé par l’excellente Constance Rivière. Cette exposition montre comment des artistes du monde entier, après la deuxième guerre mondiale, ont choisi comme lieu de création Paris et non New York, pourtant souvent considérée comme la capitale mondiale de l’art moderne à cette époque. On y voit des œuvres extraordinaires, d’Eduardo Arroyo, de Roberto Matta, de Joan Mitchell, de Daniel Spoerri, De Victor Vasarely, de Zao Wou-Ki, de Wilfredo Lam … Superbe."


Zadig n°15

Philippe Meyer, créée le 25-09-2022

"Nous sommes partenaires de l’hebdomadaire Le 1, qui est aussi à l’origine de cette revue trimestrielle. Le dernier numéro s’intitule « que demande le peuple ? » Il y est question de ces cahiers de doléances du Grand débat, censés être le premier pas vers davantage d’attention à la société civile. On y trouve aussi des reportages, comme celui sur les bénévoles du Secours Catholique de Calais. Et pour un sujet moins grave, je recommande une autre de leurs publications, au format tout à fait improbable : « Légendes ». L’un des derniers numéros a été récemment remis en vente, il était consacré à la Reine Elizabeth II."


Les hommes de Poutine

Lionel Zinsou, créée le 25-09-2022

"Je vous recommande la traduction française parue en juillet dernier du livre de Catherine Belton, qui a été un best-seller absolu en langue anglaise. Catherine Belton a longtemps été journaliste au Washington Post, correspondante du Financial Times à Moscou. C’est l’histoire à travers Poutine de la prise du pouvoir du KGB en Russie, de la puissance des réseaux, amplifiés par les liens avec le crime organisé, et de l’utilisation des oligarques. Le livre décrit bien ce qui tient le pouvoir de Poutine et qui s’attaque à l’Ouest depuis bien longtemps, tout cela sur le mode du thriller. Dans le contexte actuel, c’est très éclairant."


Les nuits de la peste

Nicolas Baverez, créée le 25-09-2022

"Je vous recommande le dernier livre d’Ohran Pamuk, qui est superbe. Cela se passe au début du XXème siècle, dans une île imaginaire. Il y est question d’une épidémie, de l‘agonie d’un empire, et tout ceci débouche sur une révolution politique. Je rappelle que l’auteur est menacé, tout comme Salman Rushdie. Ce livre fait d’ailleurs l’objet d’une enquête du parquet d’Istanbul. Orhan Pamuk est l’un de ces écrivains qui incarnent la liberté d’expression dans une Turquie où elle est de plus en plus menacée. "


Rester barbare

Akram Belkaïd, créée le 18-09-2022

"Je vous recommande cet essai de Louisa Yousfi, publié à La Fabrique. Le titre est inspiré par cette phrase de Kateb Yacine : « Je sens que j’ai tellement de choses à dire qu’il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie. Il faut que je reste barbare. » Le barbare n’est pas le sauvage. Le terme interpelle sur la question de l’identité, de la manière dont ceux qu’on appelle aujourd’hui « les racisés » ont à trouver ou pas leur place dans nos sociétés occidentales. L’auteur convoque pour cela des gens comme Kateb Yacine, mais aussi Chester Himes, Toni Morrison ou le rappeur Booba. C’est un essai qu’il faut lire, surtout dans ce contexte où les interrogations sur les questions d’intégration (voire d’assimilation) se multiplient. "



Schnock n°44

Philippe Meyer, créée le 18-09-2022

"L’autre est faite pour les boomers. Schnock a maintenant beaucoup de bouteille, son premier numéro avait Jean-Pierre Marielle en couverture, le dernier a les Inconnus. Cette revue prend des éléments de la culture populaire la plus large et les creuse d’une façon à la fois très journalistique et très anecdotique. La mise en page n’a pas varié depuis le début, elle est très réussie. La revue aborde les sujets les plus divers, presque à chaque fois par les biais les plus plaisants."


Discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen

Jean-Louis Bourlanges, créée le 18-09-2022

"La présidente de la Commission Européenne a prononcé le 14 septembre son discours sur l’état de l’Union européenne. Ce n’est pas encore le discours sur l’état de l’Union du président des Etats-Unis, même s’il serait peut-être intéressant de s’interroger sur l’intérêt de ce mimétisme sémantique. Malgré tout, il est très intéressant d’entendre la présidente de l’exécutif européen prononcer au nom de l’Union Européenne un discours qui est pour la première fois pleinement et authentiquement politique. On peut trouver que c’est imparfait, mais il faut reconnaître qu’elle prend des positions très claires. Sur l’Ukraine, sur l’économie, sur la solidarité, sur l’écologie … Et en filigrane, elle appelle prudemment à un réajustement institutionnel, à la création d’une Convention. Ce discours rappelle celui du chancelier fédéral Olaf Schölz à Prague, ou ceux d’Emmanuel Macron. Je ne sais pas si cela fonctionnera, mais je crois que c’est tout de même significatif. Pour la première fois, je sens les grands Etats européens et l’institution qui leur est commune essayer de prendre en charge la dimension politique de leur entreprise. "