Après le vote du budget, l’immobilisme jusqu’en 2027 ? / Quel sera le Japon de Sanae Takaichi ? / n°442 / 15 février 2026

APRÈS LE VOTE DU BUDGET, L’IMMOBILISME JUSQU’EN 2027 ?

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Après plusieurs mois de débats, le budget 2026 a finalement été adopté, le 2 février, par l’Assemblée nationale. Le 7 février, dans un entretien accordé à la presse régionale, le Premier ministre a déclaré vouloir faire taire l’idée d’une année stérile. Il entend avancer, sans rien changer à sa méthode, et sans un regard – assure-t-il – sur la présidentielle. Une façon de tenir l’engagement d’Emmanuel Macron d’une année 2026 « utile » et de faire mentir l’ancien chef du gouvernement Edouard Philippe, qui annonçait au début de cette année que « plus rien de décisif ne se produira[it] dans le pays d’ici à la prochaine élection présidentielle ».
Refusant d’être taxé d’immobilisme, le Premier ministre a déroulé une série de projets qu’il entend mener à bien au cours de l’année. Prudent, il a décidé de contourner le Parlement et de passer par la voie réglementaire sur deux sujets clivants : la programmation pluriannuelle de l’énergie, et l’aide médicale de l’Etat aux immigrés sans papiers, Parmi ses autres projets, le Premier ministre, promet notamment une mise à jour de la loi de programmation militaire dès avril. Promis à son arrivée à Matignon, le « grand acte de décentralisation » va être décliné en « plusieurs textes » autour desquels « la concertation n'est pas terminée ». Un premier devrait très vite être formalisé et présenté « avant les municipales » de mars avec des « mesures de simplification ». Le pan le plus important de la réforme, qui vise à confier de nouvelles compétences aux acteurs locaux viendra dans un second temps. De même qu'un troisième texte sur le cas spécifique de la Métropole du Grand Paris. Une actualisation de la loi d’urgence agricole a été annoncée. Elle ne reprendra pas les dispositions de la très contestée loi Duplomb, précise le Premier ministre. Sébastien Lecornu prévoit en outre un texte pour instaurer une allocation sociale unique, l’atterrissage de la loi sur la fin de vie d’ici à fin 2026, un projet de loi pour réformer le statut de la Nouvelle-Calédonie mais aussi celui de la Corse. Le Premier ministre cherche à associer les partis du « socle commun », très critiques de sa méthode.
Le programme semble ambitieux, car le temps est compté. Il restera sept semaines utiles à l’exécutif pour imposer son ordre du jour à l’Assemblée nationale, entre la reprise fin mars, après les élections municipales, et la fin de la session ordinaire, le 30 juin – le reste du temps étant consacré aux initiatives parlementaires. Le gouvernement pourra compter sur une session extraordinaire qui prolongera sans doute les travaux du Parlement, en juillet, mais il sera compliqué de la poursuivre en septembre, après la trêve estivale, à cause des élections sénatoriales. Et, à l’automne, viendra le temps du budget 2027.

QUEL SERA LE JAPON DE SANAE TAKAICHI ?

Introduction

Philippe Meyer :
Devenue en octobre la première femme à diriger le Japon, mais à la tête d’une coalition gouvernementale fragile, Sanae Takaichi présidente du Parti libéral démocrate (PLD) a convoqué de nouvelles élections à la chambre basse et récolté 316 sièges (sur 465). Sa victoire consolide les positions les plus conservatrices au Japon : rhétorique nationaliste, ligne dure sur l'immigration, insistance sur les  valeurs familiales traditionnelles. Désormais sans véritable opposition, Sanae Takaichi entend mener des réformes très clivantes, notamment dans les domaines de l’économie et de la défense, avec une modification de la Constitution pour en gommer le pacifisme.
La priorité de Mme Takaichi sera de faire adopter le projet de budget pour l’exercice qui commence en avril. Le texte, dont le volet dépenses atteint un niveau record de 658 milliards d’euros, prévoit des mesures de lutte contre la hausse des prix et la stagnation des salaires. Lors de sa campagne, Sanae Takaichi s'est engagée à suspendre pendant deux ans la taxe sur la consommation des produits alimentaires qui s'élève à 8%. Cette mesure est destinée à améliorer le pouvoir d'achat des Japonais qui s'érode face à une inflation de retour depuis 2022 (2,1% sur un an en décembre).
Fin décembre dernier, le gouvernement japonais a approuvé un budget de défense record de 48 milliards d’euros pour 2026, se rapprochant de l’objectif de 2 % du PIB. D’ici la fin de cette année, Mme Takaichi entend réviser les politiques de sécurité afin de renforcer les capacités militaires du Japon, voire de lever l’embargo sur les exportations d’armes létales. Le projet de loi contre l’espionnage, possiblement liberticide, est aussi au programme, tout comme la criminalisation de la profanation du drapeau nippon. Elle pourrait également relancer le projet de révision de la Constitution, dont la tonalité pacifiste déplaît à son camp.
Cependant, la situation de la dette publique japonaise pose de nombreuses questions. L'endettement du pays dépasse les 230% du PIB, le taux le plus élevé parmi les économies développées. Relancer la croissance économique sans alourdir la dette du pays : c'est l'équilibre que doit trouver Sanae Takaichi.
En politique intérieure, la cheffe de gouvernement souhaite durcir la politique migratoire en imposant des conditions plus strictes aux acquéreurs étrangers de biens immobiliers et en plafonnant le nombre de résidents étrangers.
Sur le plan international, Sanae Takaichi a provoqué l'irritation de Pékin fin 2025 en laissant entendre que Tokyo pourrait répondre militairement si la Chine attaquait Taïwan. Un ton inhabituel qui a irrité jusque dans son camp.
Donald Trump, qui la soutient, s’est déjà rendu au Japon en octobre. Il a déclaré que Sanae Takaichi se rendrait à la Maison-Blanche le 19 mars.

Les brèves

Colditz : la forteresse d’Hitler

Akram Belkaïd

"Je recommande ce livre de Ben Macintyre qui m’a replongé dans les souvenirs de la série que la Une diffusait dans les années 1970 sur la forteresse de Colditz. J’y ai retrouvé un récit historique très vivant consacré à cette prison réputée inexpugnable où étaient détenus surtout des officiers britanniques, mais aussi des Américains ou des Indiens. Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est l’exploration de la psychologie des gardiens, la description de cet univers clos, et le récit des évasions réussies malgré le caractère supposé hermétique du lieu. C’est une lecture captivante pour comprendre à la fois l’histoire et les ressorts humains dans un contexte extrême."

Jeanne Cherhal - en tournée

Akram Belkaïd

"Et puis je conseille vivement d’aller écouter Jeanne Cherhal, parce que je trouve qu’elle incarne très bien la vitalité de la chanson française. J’y vois une artiste complète, excellente musicienne, dont j’apprécie particulièrement les textes : l’attention portée à la langue, l’ironie, l’autodérision. Cela me paraît une démonstration convaincante que, malgré la domination des productions anglo-saxonnes, la musique française tient parfaitement son rang. C’est à la fois très agréable à écouter et à voir sur scène."

Chroniques du Ramadan : voyage intimiste au cœur du jeûne

Philippe Meyer

"Je recommande ce livre d’Akram Belkaïd parce qu’il offre une entrée vivante et nuancée dans ce que recouvre réellement le mois de Ramadan. J’y ai trouvé des chroniques tantôt familiales, tantôt géopolitiques, qui éclairent un univers que l’on connaît mal, moins par difficulté que par manque de curiosité. On y découvre par exemple les tensions entre science et tradition dans la fixation du calendrier, les paradoxes entre unité spirituelle et rivalités culturelles — chacun défendant son Ramadan comme le plus authentique — ou encore des détails concrets, jusqu’aux enjeux autour des produits emblématiques comme les dattes. J’ai aussi été frappé par la description très incarnée de l’expérience du jeûne, qui rappelle qu’il s’agit d’un effort exigeant et non d’une simple abstraction religieuse. C’est une lecture accessible, instructive et incarnée que je conseille à quiconque souhaite mieux comprendre ce moment central de la vie musulmane. Saha ramdanek !"

Revue l’Histoire n°540 : Les Américains au Japon, 1945-1952, l’occupation oubliée

Marc-Olivier Padis

"Je recommande le numéro de février du magazine L’Histoire consacré à cette période, parce qu’il permet de replacer utilement nos discussions sur le Japon dans leur profondeur historique. J’y ai trouvé un éclairage que je n’avais pas pleinement en tête : l’occupation américaine a duré jusqu’en 1952 et constitue un cas très instructif de transition politique réussie. Cela aide à comprendre la genèse de la Constitution, du pacifisme institutionnel, de l’article 9 et d’une armée limitée à la défense — autant d’éléments aujourd’hui questionnés. Cette lecture me paraît donc particulièrement opportune pour saisir les tensions actuelles entre héritage d’après-guerre et évolutions stratégiques."

D’excellents Français : comment faire de l’immigration une chance

Marc-Olivier Padis

"Je recommande ce livre de Nicolas Samsoen parce que, à l’approche des élections municipales, je trouve précieux d’entendre la voix d’un maire (celui de Massy) confronté directement aux réalités locales. J’y ai apprécié la perspective d’un élu qui connaît bien les questions d’urbanisme — il a travaillé au ministère du Logement — et qui confronte les grandes données statistiques issues de l’INED ou de l’INSEE à son expérience concrète de terrain. Il met en regard les chiffres, le débat public sur l’immigration, la laïcité ou le logement, et ce qu’il observe réellement dans sa ville. Ce décalage entre discours catastrophistes et réalité vécue m’a semblé particulièrement éclairant, et j’y ai trouvé un ton d’optimisme assez réconfortant dans le contexte actuel."

Les irresponsables : qui a porté Hitler au pouvoir ?

Michaela Wiegel

"Je recommande ce livre de l’historien Johann Chapoutot, que j’ai découvert un peu tardivement, parce qu’il offre une analyse passionnante de la succession de mauvaises décisions politiques ayant conduit à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ce qui m’a frappée, c’est l’idée qu’il n’y avait aucune fatalité historique : rien, dans le jeu démocratique, ne menait mécaniquement à ce dénouement. Ce sont bien des choix — et des erreurs — de responsables politiques qui ont ouvert la voie à la prise de pouvoir nazie. J’y vois des enseignements très éclairants pour comprendre notre période actuelle et ses responsabilités."

Responsabilité — Plaidoyer pour l’action

Nicolas Baverez

"Antidote aux Irresponsables de Michaela : ce rapport publié par l’Institut Montaigne par Jean-Louis Bourlanges et Jean-Dominique Sénard, parce que j’y vois un remède à l’irresponsabilité qui domine aujourd’hui la vie politique et une partie de la société. Ce que j’en retiens, c’est une réflexion sur la reconstruction d’un système de responsabilité civique : clarifier qui décide, rendre visibles les coûts des décisions, exiger que les responsables rendent compte — en somme renouer avec l’esprit de l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. J’y trouve une base utile pour repenser la gouvernance publique dans le contexte actuel."

Les preuves de mon innocence

Nicolas Baverez

"Je recommande également ce roman de Jonathan Coe, parce qu’il offre, sur un registre tout différent, une fable politique à la fois très drôle et virtuose sur la corruption des élites, la désinformation et l’univers de la post-vérité, dans le contexte britannique contemporain (sous Liz Truss)c. J’y ai trouvé une réflexion incisive sur les dérives politiques, mais aussi un vrai plaisir de lecture — ce qui, dans le climat actuel, n’est pas négligeable."