Les municipales : quels enseignements ? / Nouveau choc pétrolier : quelles conséquences ? / n°448 / 29 mars 2026

LES MUNICIPALES : QUELS ENSEIGNEMENTS ?

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Quatre enseignements peuvent être tirés de ce scrutin.
D’abord, si Les Républicains et le Parti socialiste dominent, ils reculent par rapport à 2020. LR a remporté 77 grandes villes, le PS 50. Dans les 3.300 villes de plus de 3.500 habitants, pour lesquelles les candidats ont l’obligation de déclarer leur appartenance politique, qui représentent 69 % de la population, la droite apparaît comme la gagnante de ces élections municipales, avec 1.267 maires élus. La gauche se place deuxième, avec 829 élus, devant les 586 maires centristes. Depuis, 2020, la gauche a perdu une vingtaine de municipalités, et la droite sept, tandis que l’extrême droite en a gagné 21. En 2026, l’extrême droite a remporté 63 communes, dont moins de 20 comptent plus de 20.000 habitants.
Du point de vue des suffrages exprimés, c’est le bloc de gauche qui constitue la première force politique, rassemblant près de 9,2 millions de votes lors des deux tours, devant les 8,7 millions pour la droite, 3,8 millions pour le centre et 2,5 millions pour l’extrême droite. La gauche radicale, représentée par La France insoumise et le Parti communiste, a remporté l’adhésion de près de 1,2 million d’électeurs, même si elle n’a remporté que sept municipalités.
Ensuite, le second tour a été défavorable aux maires sortants : Parmi les 21.706 maires qui briguaient un nouveau mandat lors de ces élections municipales, la grande majorité (plus de 88 %) a été réélue dès le premier tour. Pour les autres, le second tour s’est révélé plutôt fatal : sur 960 maires sortants encore en compétition le 22 mars, les trois quarts (724) ont été battus.
En outre, si la parité progresse, elle reste cependant limitée : 23 % des têtes de liste élues lors de ces élections municipales (premier et second tours combinés) sont des femmes. Ce niveau est en légère progression par rapport aux élections précédentes, où elles représentaient 20 %. Mais seules huit femmes seront à la tête de villes de plus de 100.000 habitants, contre 11 en 2020.
Enfin, avec 42,18 % lors du second tour, l’abstention s’ancre à un niveau record : jamais les Français n’avaient autant boudé une élection de ce type, hors crise sanitaire. Fait notable, toutefois : la participation a légèrement augmenté au second tour (57,8 % contre 57,2 % au premier), signe d’une légère remobilisation des électeurs dans un scrutin à l’issue incertaine dans de nombreuses villes.

LE NOUVEAU CHOX PÉTROLIER : QUELLES CONSÉQUENCES ?

Introduction

Philippe Meyer :
L’intervention d’Israël et des États-Unis en Iran a provoqué la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz, déclenchant une nouvelle crise majeure de l’énergie. « Nous sommes confrontés à la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire » averti le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie Fatih Birol qui n’exclut pas un nouveau déblocage d’une partie des stocks stratégiques de pétrole des Etats membres pour détendre les prix.
L’ensemble de l’économie mondiale est menacé par un retour de l’inflation, une dégradation du pouvoir d’achat des ménages, un ralentissement de la croissance et du chômage : un phénomène connu sous le nom de stagflation. Les experts de Goldman Sachs estiment qu'une hausse de 10 % du prix du pétrole réduit de 0,1 % le produit intérieur brut. Le coup pourrait aussi être rude pour les industriels dont l'activité dépend fortement des matières premières énergétiques, comme les engrais agricoles ou la chimie. En plus de ses effets directs sur les prix, la crise désorganise de nombreux flux logistiques, avec un allongement des parcours pour contourner les zones à risque. Des livraisons sont bloquées, les coûts du transport grimpent et les primes d’assurances s’envolent. Le prix du carburant à la pompe est affecté, mais aussi le prix des aliments, des médicaments, des billets d’avion, de l’électricité, de l’huile alimentaire, des semi-conducteurs et de bien d’autres choses encore, à travers le monde.
C’est en Europe et en Asie que la flambée des cours du pétrole et du gaz pèsera le plus lourd. En Europe, le choc sera rude pour des pays comme l’Allemagne, où des secteurs industriels très énergivores (chimie, pharmacie, automobile) occupent une place centrale dans l’économie. Les économies asiatiques sont encore plus exposées car elles dépendent elles aussi grandement des importations énergétiques : 45% des approvisionnements énergétiques de la Chine proviennent du détroit d’Ormuz. Les pays à faibles et moyens revenus sont particulièrement sensibles aux variations des taux de change.
Cette crise ne fait pas que des malheureux. Les pays producteurs de pétrole, la Norvège en Europe, l’Algérie en Afrique, le Brésil, le Mexique ou le Canada sur le continent américain, voient même les profits exploser. Grand gagnant aussi, la Russie, dont les exportations d’hydrocarbures vers l'Inde ont bondi de 50 %. Son secteur pétrolier pourrait générer ses plus larges revenus depuis 2022. Reste les Etats-Unis, l’un des instigateurs de la crise. Le pays est certes le plus gros producteur mondial de pétrole, mais ses compagnies sont très exposées au Moyen-Orient et les consommateurs américains paient eux aussi leur tribut avec une augmentation de 30 % du gallon d'essence depuis le 28 février.

Les brèves

Les villes face au populisme

Philippe Meyer

"Nous avons évoqué la spécificité du vote dans les grandes métropoles, et ce livre d’Alain Cluzet permet d’en approfondir la compréhension. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse théorique fondée sur des données, mais d’un regard informé par l’expérience concrète d’un directeur général des services d’une grande ville, en l’occurrence Reims. Cette double approche, à la fois analytique et pratique, donne une lecture particulièrement éclairante des dynamiques politiques urbaines contemporaines."

Les rayons et les ombres

Marc-Olivier Padis

"Je suis allé voir le dernier film de Xavier Giannoli, consacré à Jean Luchère et à sa fille Corinne, et j’y ai trouvé une plongée très convaincante dans la complexité morale de la collaboration. Le film montre comment un homme passé par le pacifisme de l’entre-deux-guerres a pu glisser vers une forme d’accommodement avec l’occupant, notamment à travers son activité de presse, depuis « Notre Temps » jusqu’à « Les Temps nouveaux », financé par l’ambassade allemande. Ce qui m’a frappé, c’est la solidité historique du travail, nourri par des recherches approfondies, mais aussi la manière dont Giannoli restitue une atmosphère faite moins d’ambiguïté que de lâchetés et de renoncements, de compromissions et d’aveuglement politique. Le regard porté sur sa fille, jeune et fascinée par son père, ajoute une dimension tragique à l’ensemble. Malgré les débats qu’il suscite, c’est un film que je trouve particulièrement réussi sur un sujet pourtant difficile."

Musique émoi : Stanislas Dehaene

Béatrice Giblin

"J’ai écouté sur France Musique, dans l’émission « Musique émoi » de Priscille Lafitte, un entretien avec Stanislas Dehaene autour de son livre, et j’ai trouvé cette conversation absolument passionnante. Il y développe une idée stimulante : la capacité d’abstraction géométrique propre à l’humain serait étroitement liée à notre manière de percevoir et d’apprécier la musique. Fort de ses travaux en imagerie cérébrale et de ses recherches sur l’apprentissage, il avance que la géométrie est présente dès l’aube de l’humanité, comme une structure universelle de l’esprit. L’émission, qui s’ouvre sur le premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach et convoque aussi Mozart ou Massenet, illustre cette intuition en montrant comment une mélodie peut se lire comme une forme géométrique, faite de lignes, de montées et de descentes dans l’espace sonore. Cette mise en relation entre musique et géométrie éclaire d’un jour nouveau notre manière de penser et de percevoir."

Matisse 1941-1954

Nicolas Baverez

"Il faut aller voir l’exposition consacrée à Matisse au Grand Palais, qui est tout simplement magnifique. Les dernières années de l’artiste y apparaissent avec une force particulière, alors même qu’elles sont marquées par la guerre, la maladie et des tensions familiales. Les grands formats, déployés dans les volumes du Grand Palais, produisent un effet saisissant et rendent pleinement justice à la puissance et à la vitalité de cette œuvre tardive."

Vers Ispahan

Nicolas Baverez

"Ce texte de Pierre Loti, issu de son voyage de 1903 au retour d’Inde, offre une plongée très éclairante dans la géographie iranienne, notamment le long du littoral entre le Golfe et Ispahan. On y retrouve une description précise de ces côtes, souvent négligées dans les analyses contemporaines, alors qu’elles sont déterminantes : près de mille kilomètres de rivages extrêmement inhospitaliers, faits de marécages, de deltas et de zones rocheuses. Cette réalité géographique permet de relativiser certaines affirmations sur le contrôle du détroit d’Ormuz, en montrant combien ce territoire est difficile à maîtriser, comme l’histoire récente l’a déjà illustré, notamment durant la guerre Iran-Irak. Loti restitue avec finesse cette complexité physique, qui éclaire directement les enjeux stratégiques actuels."

Tableau historique de la France : la formation des courants politiques de 1789 à nos jours

Jean-Louis Bourlanges

"Face aux évolutions électorales récentes, j’ai eu envie de revenir à des éléments plus structurels en relisant l’ouvrage d’Hervé Le Bras, qui propose une lecture très riche des dynamiques politiques françaises. Il s’inscrit dans une tradition qui va d’André Siegfried à Lévi-Strauss ou Foucault, en mettant en avant des structures profondes — géologie, peuplement, héritage, religion — qui façonnent durablement les comportements politiques. Mais ce qui fait l’intérêt du livre, c’est qu’il ne s’en tient pas à une simple morphologie : il introduit une réflexion sur la morphogenèse, c’est-à-dire sur la manière dont l’événement vient perturber, transformer et recomposer ces structures. Il en ressort une dialectique très éclairante entre le terrain, qui encadre et limite, et l’événement, qui bouscule et reconfigure, permettant de mieux comprendre la formation et l’évolution des courants politiques en France."