Présidentielles : à quoi bon tant de candidats ? / Que peut espérer le Liban ? / n°453 / 3 mai 2026

PRÉSIDENTIELLES : À QUOI BON TANT DE CANDIDATS ?

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
À un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, chaque camp cherche à désigner son champion et chaque champion essaie de convaincre son camp qu’il en est le candidat naturel. Si la question ne se pose ni au Rassemblement national, où les figures incontestées de Marine Le Pen ou Jordan Bardella s'imposent, ni à La France insoumise rangée derrière son leader Jean-Luc Mélenchon, elle vire au casse-tête, au bloc central macroniste comme à droite et chez la gauche non mélenchoniste. L'organisation d'une éventuelle primaire fait donc débat. À défaut de s'entendre, l'obtention des 500 signatures nécessaires au dépôt d'une candidature pourrait alors faire office de couperet.
Ils étaient dix en 2012, onze en 2017 et douze en 2022. En 2027, le nombre de candidats pourrait dépasser les seize prétendants de 2002. Les nuances sont nombreuses : il y a les déclarés, les probables, les « je n'exclus rien », les « je me sens prêt », les « je serai candidat, mais seulement dans le cadre d'une primaire », les improbables... Une vingtaine de candidats sont identifiables : dix déclarés, six probables et neuf potentiels. On les retrouve aussi bien à gauche (11) qu’au centre (3), à droite (5) et à l’extrême droite (6)...
La concurrence ne se joue plus seulement entre partis, mais en leur sein. Ainsi entre Jérôme Guedj, Boris Vallaud, Olivier Faure et François Hollande au Parti Socialiste, entre Gabriel Attal, Édouard Philippe et Gérald Darmanin pour le bloc central, ou entre Bruno Retailleau, Xavier Bertrand, David Lisnard et Michel Barnier chez Les Républicains, etc. Cette floraison est d'autant plus turbulente que 2027 marque une rupture institutionnelle : pour la première fois depuis 1995, le président sortant ne peut se représenter, puisqu'Emmanuel Macron ne peut briguer un troisième mandat d'affilée. De quoi aiguiser les appétits de son camp. À gauche, le spectre de 2002 (lorsque huit candidats de gauche ont abouti à l’élimination surprise de Lionel Jospin au premier tour) est dans toutes les têtes. Même peur à droite. C’est pourquoi, 90 parlementaires et ministres de la droite et du centre ont signé un appel à trouver un candidat unique pour 2027, le 29 mars.
Face à l'incapacité des partis à faire le tri, les primaires permettent de clarifier les lignes et de désigner des candidats uniques dans des configurations très concurrentielles. Si elles ont pour effet de structurer et réduire les candidatures, nombreux sont ceux à refuser l'exercice : Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon, les mieux placés à gauche s’y opposent catégoriquement. La dispersion des candidatures favorisera une qualification au second tour avec un seuil plus bas.

QUE PEUT ESPÉRER LE LIBAN ?

Introduction

Philippe Meyer :
Les hostilités entre Israël et le Liban ont redémarré le 2 mars avec la violation du cessez-le-feu en vigueur par le Hezbollah, pro-iranien, en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Depuis, la riposte de l’Etat hébreu a fait plus de 2.400 victimes au Liban, dont de nombreux civils et plus d’un million de déplacés.
Sous l'égide des Etats-Unis, des rencontres ont eu lieu le 14 avril à Washington entre représentants libanais et israélien, alors que les deux pays sont toujours officiellement en guerre depuis 1948. Après six semaines de combat, un cessez-le-feu a été annoncé unilatéralement par Donald Trump, le 17 avril. Ces pourparlers ont été aussitôt critiqués par le Hezbollah. Alors que la milice a assuré qu'elle gardait, pendant ce cessez-le-feu, « le doigt sur la gâchette », l'exécutif libanais marche sur des œufs. S'il s'est engagé à assurer le désarmement du mouvement, son armée s'est bien gardée d'agir contre la puissante milice alliée de Téhéran, aux capacités militaires bien supérieures.
Le sud du Liban, aujourd’hui bastion du Hezbollah, est un point de fixation stratégique de l’Etat hébreu et de ses pères fondateurs depuis plus d’un siècle. Le 19 avril, l'armée israélienne a publié une carte montrant une zone tampon le long de la frontière, qui rappelle la longue occupation israélienne du sud du Liban de 1982 à 2000. Cette « zone de défense avancée », délimitée par une « ligne jaune de démarcation », est similaire à celle tracée dans la bande de Gaza après le cessez-le-feu d’octobre 2025. Les militaires israéliens y procèdent en outre à des destructions systématiques des habitations, à l'image de ce que Tsahal fait dans la bande de Gaza. Désormais, l’armée israélienne interdit aux Libanais d’entrer dans cette « zone de défense » qui couvre 6 % du pays. L'occupation israélienne du territoire libanais risque de galvaniser les sympathisants du Hezbollah, alors que la décision du mouvement d'entrer en guerre avait été largement critiquée y compris parmi ses soutiens traditionnels.
Un nouveau round de négociations entre diplomates libanais et israéliens s’est déroulé le 23 avril dans la capitale américaine. À moyen terme, les deux pays partagent des intérêts : que le cessez-le-feu soit prolongé pour bâtir les conditions d'une paix durable, qui respecte à la fois l'intégrité territoriale du Liban et désarme le Hezbollah. Ce désarmement doit être orchestré par le Liban et lui seul, afin d’éviter une confrontation avec le parti chiite et de risquer d’entraîner le pays, où cohabitent communautés chiites, sunnites et maronites dans une guerre civile, fait-on valoir à Paris. À l’issue des pourparlers Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre les deux pays. Les parties ont toutes salué des discussions « historiques » mais la presse régionale rappelle qu’en l’absence du Hezbollah autour de la table, une paix durable reste illusoire.

Les brèves

Nous l’orchestre

Philippe Meyer

"Ce film m’a frappé par la manière dont il parvient à rendre sensible, presque de l’intérieur, ce que signifie être musicien d’orchestre, réalité souvent difficile à appréhender même pour un amateur éclairé. Philippe Béziat, dont la maîtrise du cinéma musical est remarquable, s’inscrit dans le travail exigeant des Films Pelléas et propose ici une véritable immersion, fondée sur une année d’observation au sein de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Loin de toute lecture idéologique ou démonstrative, il donne à voir les musiciens dans leur quotidien, leurs équilibres, leurs contraintes, leur engagement. La présence de Klaus Mäkelä, chef à la fois charismatique et d’une douceur singulière, ajoute une dimension particulièrement intéressante, en contraste avec d’autres traditions de direction plus autoritaires : on mesure ainsi que des styles radicalement différents peuvent produire des résultats artistiques tout aussi puissants. C’est aussi une invitation à explorer le travail plus large de cette équipe, notamment à travers le catalogue très riche des Films Pelléas, qui témoigne d’un rapport inventif et souvent réjouissant à la musique filmée."

Le cœur lourd : conversation avec Vincent Trémolet de Villers

David Djaïz

"J’ai ouvert ce livre d’entretiens d’Alain Finkielkraut avec une certaine réserve, m’attendant à retrouver une forme de déploration familière, et j’ai été surpris par tout autre chose : une réflexion beaucoup plus subtile, organisée autour de ce que Finkielkraut appelle le « cœur lourd », c’est-à-dire l’expérience d’une époque où l’on affronte la haine sans pouvoir se prévaloir d’une innocence. Le livre est structuré par trois fidélités devenues problématiques : à une France qu’il ne reconnaît plus, à une gauche dont il s’est éloigné — au point de dire que c’est précisément parce qu’il en est qu’il n’y est plus — et à un Israël dont il refuse à la fois les caricatures antisionistes et les aveuglements face à certaines dérives contemporaines. Ce jeu de tensions, ces fidélités contrariées, composent au fond une méditation sur la mélancolie et sur l’art de tenir ensemble des positions apparemment inconciliables, et c’est cette complexité qui m’a, contre toute attente, profondément retenu."

Nous l’orchestre

Lucile Schmid

"C’est la première fois que cela m’arrive : ma brève est exactement la même que celle de Philippe, il y a eu une forme de télépathie, et je dois dire que, même si je suis moins mélomane que lui, j’ai adoré ce film pour des raisons assez proches. Ce qui m’a vraiment frappée, c’est la manière dont il permet de comprendre ce que c’est que d’être musicien d’orchestre, de participer à une aventure collective tout en ayant une relation très intime à la musique, avec cette difficulté de trouver sa place, qui n’est jamais la même selon l’instrument ou la position qu’on occupe. J’ai aussi été très sensible au fait qu’on voit des musiciens venus d’ailleurs, arméniens, portugais, souvent jeunes, qui racontent pourquoi ils ont choisi cette voie, pourquoi ils passent ces concours exigeants, et cela dit quelque chose de très fort sur la musique comme langage universel. Et puis il y a ces moments assez incroyables, presque politiques, où apparaissent à l’écran des petites phrases assassines, sur ceux avec qui ils vont pourtant travailler pendant des décennies : cela rend le film extrêmement vrai, pas du tout politiquement correct, on voit bien qu’on peut se côtoyer, ne pas s’aimer, se réapprivoiser, tout en étant tenu par une discipline commune. Il y a enfin des moments de pure émotion, comme ce solo de cor anglais absolument bouleversant, et au fond c’est un film très humain, qui montre une société où le talent, les tensions, les piques et même le commérage coexistent sans jamais s’annuler."

Concerts à la Sainte Chapelle

Nicole Gnesotto

"Je reste dans la musique, mais à un niveau plus junior, en vous recommandant deux salles de concert atypiques : la Sainte-Chapelle, d’abord, qui accueille jusqu’à la fin juin des festivals, qu’il s’agisse d’opéra ou de piano, dans un cadre évidemment exceptionnel. J’y ai découvert une jeune mezzo-soprano absolument phénoménale, Aliénor Schmitlin, qui m’a littéralement impressionnée par son talent, notamment dans un programme consacré à Gershwin, avec une présence et une qualité d’interprétation vraiment remarquables, et c’est typiquement le genre de moment où le lieu, la jeunesse des artistes et l’intensité de la musique se conjuguent de façon très heureuse."

Concerts pédagogiques au Théâtre de la Concorde

Nicole Gnesotto

"Dans un tout autre registre, mais toujours avec cette idée de transmission, j’ai été très frappée par ce que propose le Théâtre de la Concorde, dans l’ancien espace Pierre Cardin : une fois par mois, des concerts pédagogiques gratuits, ce qui est déjà en soi assez remarquable. Le violoniste Paul Serri, un très jeune musicien promis, me semble-t-il, à un grand avenir, commence par une vingtaine de minutes d’explication, à la fois sur le compositeur et sur l’œuvre, en donnant des clefs très concrètes pour comprendre la musique, sa construction, son langage, quel que soit le siècle abordé. Puis vient l’interprétation, souvent en formation de musique de chambre avec violoncelle et alto, et l’ensemble est absolument saisissant : on sort à la fois ébloui par la qualité musicale et enrichi intellectuellement, avec le sentiment d’avoir réellement appris à écouter. Attention, le succès est tel qu’il faut s’y prendre très longtemps à l’avance pour réserver."

Les jeunes et la laïcité

Marc-Olivier Padis

"Ce livre de Charles Mercier et Philippe Portier m’a paru particulièrement utile dans un contexte où le débat public tend à se crisper autour de diagnostics souvent alarmistes sur le rapport des jeunes à la religion et à la laïcité. Fondé sur un matériau empirique solide — enquêtes, sondages, entretiens qualitatifs — il permet de sortir des caricatures en montrant à la fois qu’il existe bien un écart générationnel, les jeunes ayant un rapport un peu différent à la laïcité, et que cette jeunesse est loin d’être homogène. Ce qui ressort, c’est plutôt une large acceptation du pluralisme, y compris religieux, une forte valorisation de l’autonomie individuelle, un refus des discriminations, et une adhésion au cadre laïque dans sa dimension essentielle de garantie de la liberté de conscience. L’ensemble constitue un travail rigoureux, qui remet en perspective beaucoup d’inquiétudes actuelles et invite à nuancer les lectures les plus pessimistes d’une société fragmentée."