Les accointances du Medef avec le RN / Le retrait des troupes américaines d’Allemagne / n°454 / 10 mai 2026

LES ACCOINTANCES DU MEDEF AVEC LE RN

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Depuis au moins deux ans – notamment depuis la campagne des législatives de 2024 – les sphères patronales se voient reprocher d’être bienveillantes à l’égard du Rassemblement national. Une critique nourrie par les contacts de plus en plus fréquents que des mouvements d’employeurs et des responsables de groupes interpatronaux établissent avec le parti de Mme Le Pen. Quelques jours après le dîner de Marine le Pen avec des patrons du CAC 40, le bureau du Medef a reçu le 20 avril pour la première fois officiellement à déjeuner le président du RN, Jordan Bardella. Une réunion qui s’est tenue en présence de son président Patrick Martin, mais aussi des dirigeants des grandes fédérations professionnelles, des banques, du bâtiment, des travaux publics, ou encore de la métallurgie.
Le débat est ouvert au sein du patronat sur l'opportunité de telles rencontres. Le positionnement du premier mouvement d’employeurs a évolué depuis vingt ans. Lorsque Laurence Parisot était la présidente du Medef entre 2005 et 2013, la doctrine du cordon sanitaire prévalait. En 2019, un changement d’approche avait été envisagé : Geoffroy Roux de Bézieux, le numéro un de l’organisation à l’époque, souhaitait convier Marion Maréchal Le Pen à un débat pendant les universités d’été du Medef, mais il y avait finalement renoncé, devant le tollé suscité par ce projet. Aujourd’hui, les relations se sont normalisées car, pour Patrick Martin et de nombreux autres patrons, il est impossible de tenir à distance la formation qui a le groupe le plus étoffé à l’Assemblée nationale.
Pascal Demurger, directeur général de la compagnie mutualiste MAIF, s’est élevé dans Le Monde contre ce rapprochement, et dénonce « une erreur tactique et une illusion politique d’imaginer pouvoir influer sur une idéologie aussi radicale. »
À un an de la présidentielle, il ressort de ces rencontres, que le programme économique du RN est loin de convaincre les milieux d'affaires. Le parti à la flamme se défend de tout renoncement à son programme économique, qui, sur des sujets comme l'Union européenne, la réforme des retraites, l’immigration de travail, restent profondément urticants aux yeux des milieux d'affaires.

LE RETRAIT DES TROUPES AMÉRICAINES D’ALLEMAGNE

Introduction

Philippe Meyer :
Le Pentagone a annoncé le 1er mai le retrait de 5.000 des militaires américains d'Allemagne d'ici un an, soit 15 % des effectifs des 36.000 soldats stationnés Outre-Rhin. Concrètement, une brigade de combat doit quitter le territoire allemand, et un bataillon d’artillerie longue portée, prévu de longue date, ne viendra finalement pas. L’objectif affiché est de revenir à un niveau de présence « pré-2022 », c’est-à-dire avant le renforcement décidé après l’invasion de l’Ukraine. Cette décision de Donald Trump intervient après des tensions avec le chancelier Friedrich Merz sur la stratégie américaine en Iran et vise aussi l'Italie et l'Espagne. « Que des troupes des Etats-Unis se retirent d'Europe et d'Allemagne était attendu », a réagi le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, tout en soulignant que la présence de soldats américains en Europe et en Allemagne servait de « dissuasion collective » et était « dans l'intérêt » de l'Allemagne comme des Etats-Unis. Outre-Atlantique, les chefs de file des commissions des forces armées du Sénat et de la Chambre des représentants s'inquiètent, malgré tout, d'un « mauvais signal envoyé à Vladimir Poutine » et suggèrent de redéployer ces troupes plus à l'est de l'Europe. En 2020, lors de son premier mandat à la Maison-Blanche, exaspéré par le faible niveau des dépenses de défense de l'Allemagne et par son soutien au gazoduc Nord Stream 2, Donald Trump avait déjà déclaré qu'il réduirait d'un tiers les effectifs américains sur place. Le président Joe Biden avait finalement gelé ce projet en février 2021, avant de l'annuler officiellement.
L'Allemagne constitue le pays clef du dispositif militaire américain en Europe. Elle abrite à Stuttgart le Commandement suprême des forces américaines en Europe (Eucom) ainsi que le Commandement des forces américaines en Afrique (Africom). Le plus grand terrain d'entraînement militaire américain à l'étranger se trouve près de Grafenwöhr, en Bavière et c'est aussi en Allemagne, à Landstuhl (Rhénanie-Palatinat), qu'est installé le plus grand hôpital militaire américain en dehors des États-Unis. Enfin, l'énorme base aérienne de Ramstein en Rhénanie-Palatinat a joué un rôle logistique clef dans la guerre avec l'Iran. Ces implantations ne se limitent plus à une logique de présence symbolique ou de dissuasion, mais constituent des points d'appui opérationnels majeurs pour Washington : des plateformes avancées, mais aussi des hubs logistiques indispensables à la conduite des interventions américaines en Irak, en Afghanistan, et plus récemment vers l'Iran.
Les dirigeants européens doutent de plus en plus de la possibilité d’une intervention américaine en cas d’attaque de leurs territoires. Désormais, « il faut sans aucun doute renforcer la dimension européenne au sein de l’OTAN », a rappelé, lundi, Keir Starmer, le premier ministre britannique. Défendu de longue date par Paris, le renforcement du « pilier européen » de l’Alliance est désormais partagé par de nombreux alliés, dont Berlin, Londres, La Haye et Stockholm.

Les brèves

Les espions du président

Philippe Meyer

"La semaine prochaine, nous recevrons Pierre Gastineau pour nous parler du renseignement Français. Il se trouve que Pierre Gastineau est co-auteur, avec Antoine Izambard, de ce livre qui explore les mutations récentes du renseignement, un univers en constante recomposition. On y comprend à quel point l’espionnage a évolué, bien au-delà de l’image un peu figée que l’on en a parfois, y compris depuis des œuvres de fiction comme Le bureau des légendes qui ont pourtant marqué les esprits. L’ouvrage éclaire ces transformations avec précision et permet de mieux saisir les enjeux contemporains liés à ces services, leur adaptation technologique et leur rôle stratégique dans un monde devenu plus instable et plus opaque."

L’ordre du jour : récit

Michaela Wiegel

"Ce livre d’Éric Vuillard me paraît d’une actualité frappante, tant il éclaire les relations troubles entre le pouvoir économique et le pouvoir politique dans un moment décisif de l’histoire. Le récit montre comment une partie du grand patronat allemand s’est laissée entraîner dans le soutien à Hitler, par calcul et par intérêt, en pensant y trouver un bénéfice pour ses affaires, sans mesurer — ou en feignant d’ignorer — les conséquences. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la manière dont l’auteur met en évidence à la fois la manipulation opérée par Hitler et la continuité des grandes entreprises après la guerre, malgré leur implication dans des pratiques criminelles comme le travail forcé, avec des réparations finalement très limitées."

Une sortie honorable

Akram Belkaïd

"Michaela et moi ne nous étions pas concertés, mais il se trouve que je vous recommande moi aussi un livre d’Éric Vuillard, paru en 2022. J’ai été très frappé par la manière dont Éric Vuillard mêle le récit historique et une véritable écriture littéraire pour revisiter la guerre d’Indochine. À travers une série de portraits et de scènes — des débats à l’Assemblée nationale aux figures politiques françaises et américaines — il met en lumière les aveuglements, les postures et les contradictions d’une époque. La place de Pierre Mendès France est très bien analysée, qui, dès 1950, appelait à une solution politique et n’a pas été entendu, illustrant le retard tragique avec lequel la décision de négocier a été prise. Le livre éclaire aussi les illusions entretenues autour de cette guerre, jusqu’au désastre de Dien Bien Phu, et propose une réflexion très actuelle sur la responsabilité politique et le poids des discours."

Israël-Palestine : histoire, société, économie : un atlas géopolitique pour tout comprendre

Béatrice Giblin

"Cet atlas constitue un outil particulièrement précieux pour comprendre un conflit souvent abordé de manière partielle ou simplifiée. Il a le mérite d’être entièrement centré sur Israël-Palestine, en replaçant à la fois les dynamiques historiques et les réalités contemporaines, depuis la formation d’Israël dans un environnement hostile jusqu’à la construction nationale palestinienne. J’ai été frappée par la richesse des cartes, à différentes échelles, qui permettent de saisir concrètement des situations très complexes, comme à Hébron, ainsi que par les éclairages apportés sur des sujets souvent mal compris, notamment la démographie. L’ensemble offre aussi une lecture très utile des conséquences récentes du 7 octobre et des recompositions en cours au Moyen-Orient, ce qui en fait un support de compréhension particulièrement solide."

Il est toujours plus tard qu’on ne croit : chroniques

Jean-Louis Bourlanges

"Ces chroniques m’ont touché par ce qu’elles révèlent d’une famille dont l’histoire intime se confond avec une part essentielle de notre mémoire collective. À travers la figure d’Antoine Veil, à laquelle je reste personnellement très attaché, se dessine un parcours fait de discrétion, d’engagement et d’une forme d’élégance dans l’effacement, au service d’une femme dont le destin public fut exceptionnel. La disparition récente de Pierre-François Veil, président de la fondation pour la mémoire de la Shoah, m’a rappelé combien cette lignée a su incarner à la fois la fidélité à une mémoire, et une capacité à intervenir avec mesure dans les débats contemporains. Ce livre prolonge cette impression d’une continuité entre les générations, faite de retenue, d’intelligence et d’un sens profond de l’intérêt général."

Le nouveau pouvoir évangélique

Philippe Meyer

"Le dimanche de Pentecôte, nous recevrons Sébastien Fath dont le livre m’a permis de réviser un certain nombre d’idées reçues sur le mouvement évangélique. J’y ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée que ce que l’on imagine souvent, notamment en ce qui concerne leur influence aux États-Unis, qui semble décroître, alors même qu’elle s’affirme fortement ailleurs, en particulier en Afrique. Le livre propose une analyse très documentée et ouvre des perspectives utiles pour comprendre les recompositions religieuses à l’échelle mondiale, en dépassant les clichés habituels."