La canicule, sujet politique ? / Le Brexit 10 ans après / n°461 / 28 juin 2026

LA CANICULE, SUJET POLITIQUE ?

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Le 17 juin, quelques jours avant le nouvel épisode caniculaire, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a présenté un plan « endurance » pour l'adaptation à la hausse des températures, alors qu'un tiers des logements est constitué de bouilloires thermiques. Selon lui, « la canicule n'est pas une question météorologique ou climatique, c'est désormais une question de justice sociale ». Intervenant aux côtés du ministre du Logement, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut a reconnu que la France souffre d'un « grand retard collectif » tout mettant en avant trois axes : « remettre la nature dans les villes pour les rafraîchir » et faire des quartiers prioritaires « des précurseurs de la transformation écologique des territoires » ; « encourager les solutions efficaces pour limiter la surchauffe des bâtiments », comme les volets, en demandant par exemple aux bailleurs sociaux un recensement des bâtiments sans occultation des baies vitrées ; et développer « des solutions performantes pour permettre le rafraîchissement des bâtiments » avec « d'ici à septembre » un tarif réduit de TVA à 5,5 % pour les climatiseurs réversibles, décidé en loi de finances 2026.
« Aucune annonce réelle », a cinglé la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-fondation Abbé Pierre) qui a annoncé qu’elle s’associait à un recours en justice, lancé en 2025 par des citoyens et les ONG de « L’affaire du siècle » qui accusent l’État de manquer à son obligation de protéger la population des impacts du réchauffement climatique. Associations et climatologues déplorent une politique qui met l'accent sur la gestion de crise plutôt que sur une véritable adaptation. Pourtant, en 2023, pour faire face aux canicules répétées, la France s’était dotée d’un plan d’adaptation, une feuille de route censée préparer le pays à un réchauffement de 4°C d’ici à 2.100, avec une batterie de mesures sur les logements, les exploitations agricoles ou les transports. Jugé insuffisant, y compris par le Haut Conseil pour le climat, le plan dispose de peu de moyens financiers. Au cours de ces dernières années, des outils pour s’adapter au changement climatique comme le fonds vert ont été fortement rabotés dans un contexte budgétaire contraint : la dotation de ce dispositif très prisé des élus locaux est passée de 2,4 milliards d’euros en 2024 à près de 840 millions d’euros en 2026.

LE BREXIT, 10 ANS APRÈS

Introduction

Philippe Meyer :
À la veille du dixième anniversaire du vote en faveur du Brexit, le premier ministre britannique travailliste, Keir Starmer, a été contraint à la démission, deux ans à peine après une nette victoire électorale. Si la décision prise, le 23 juin 2016, par une majorité (51,9 %) des électeurs britanniques de quitter l’Union européenne n’est pas directement la cause de la disgrâce de M. Starmer, elle a contribué à créer un climat économique et politique dégradé.
Les études sur l'impact du Brexit sur l'économie vont toutes dans le même sens. Celle publiée en novembre 2025 par le National Bureau of Economic Research, un groupe de réflexion américain, a estimé « qu'à la date de 2025, le processus du Brexit a réduit le PIB britannique de 6 % à 8 %, l'investissement de 12 % à 18 %, l'emploi de 3 % à 4 % et la productivité de 3 % à 4 % ». D’après un récent sondage du think tank European Council on Foreign Relations, les Britanniques estiment que le Brexit a eu un impact négatif sur presque tous les sujets : le coût de la vie (66 %), l’économie (65 %), les perspectives des jeunes (57 %) ou encore l’immigration clandestine (56 %). Interrogés sur les effets positifs  du Brexit, la réponse la plus donnée par les Britanniques est : « je ne sais pas ».
Dans ce contexte, les termes de « Breturn » ou « Breunion » ont surgi ces dernières semaines. Une majorité de Britanniques (55 %) se déclarent favorables à un retour de leur pays parmi les membres de l’UE, quand un tiers (34 %) s’y opposent, d’après YouGov. Toutefois, les Britanniques favorables à un retour du Royaume-Uni dans l’UE tomberaint à 35 % si le pays ne pouvait plus bénéficier de ses dérogations antérieures et devait donc adopter la monnaie unique et participer à l’espace Schengen. Un retour à l’Europe des 28 ne semble donc pas se dessiner. Bruxelles et Londres avancent plutôt depuis plusieurs mois vers un rapprochement. Un sommet entre les deux parties doit avoir lieu le 22 juillet prochain dans la capitale européenne. Ce serait le deuxième après un précédent tenu en mai 2025. Reste à savoir si ce rendez-vous, annoncé la semaine dernière, sera maintenu à la suite de la démission de Keir Starmer. Andy Burnham, nouvel élu de la région de Manchester et favori pour le remplacer à la tête du Parti travailliste et du même coup à Downing Street, ne cache pas qu’il considère le Brexit comme une erreur sans prôner un retour dans l’Union.
Le flou entretenu par les brexiters concernant le régime qui suivrait la sortie de l’UE a été pour beaucoup dans le chaos de l’après-23 juin, et notamment la succession rapide de six premiers ministres en moins d’une décennie. Surtout, le Brexit a ouvert un boulevard à une extrême droite contre laquelle on avait imaginé le Royaume-Uni vacciné. La figure de proue en est Nigel Farage – chef, avant le référendum de 2016, du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, et aujourd’hui de Reform UK, parti actuellement en tête des sondages britanniques.

Les brèves

Histoire de la Révolution américaine

Philippe Meyer

"Je signale la diffusion sur Arte de la nouvelle série documentaire de Ken Burns consacrée à la Révolution américaine. Ceux qui connaissent son extraordinaire travail sur la guerre de Sécession retrouveront les qualités qui font de lui un immense documentariste : une grande rigueur historique, un véritable regard de cinéaste et un sens remarquable du rythme. C’est une œuvre passionnante qui mérite vraiment d’être découverte."

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Lionel Zinsou

"À l’occasion de son vingtième anniversaire, j’ai envie de célébrer le musée du Quai Branly – Jacques Chirac et d’inviter chacun à le redécouvrir. C’est le quatrième musée parisien par sa fréquentation, mais surtout un lieu qui a considérablement contribué à faire connaître les cultures non occidentales. Au-delà de la qualité de ses expositions, notamment sur l’Amérique latine ou l’Afrique, il est devenu un véritable instrument de dialogue entre des pays marqués par l’histoire coloniale. Son travail scientifique, porté par une équipe d’anthropologues et de muséologues exceptionnelle, a joué un rôle important dans les débats sur la restitution des œuvres d’art, où la France a souvent montré la voie en Europe. Et, par ces fortes chaleurs, c’est aussi un musée climatisé, entouré d’un magnifique jardin."

Carbone fossile, carbone vivant : économie du climat et de la biodiversité

Lucile Schmid

"J’ai trouvé passionnant le livre de Christian de Perthuis, économiste et fondateur de la chaire d’économie du climat à Dauphine. Parti de la question de la transition énergétique, il montre que le véritable enjeu est la relation entre le carbone fossile et le « carbone vivant » des forêts et des écosystèmes. Son idée est que les êtres humains ne sont pas séparés de la nature, mais inscrits dans un ensemble de relations qu’il faut préserver. Il explique aussi pourquoi la transition suppose de transformer en profondeur notre raisonnement économique : il y aura toujours trop de pétrole, de gaz et d’énergies fossiles, si bien que le défi est d’organiser le désinvestissement et le renoncement, autrement dit une véritable économie des limites. Enfin, il montre que la préservation de la biodiversité est une condition essentielle de la lutte contre le dérèglement climatique, en abordant des questions très concrètes comme l’état de nos forêts, l’évolution de l’alimentation ou encore le modèle agroécologique. C’est un ouvrage précis, stimulant et particulièrement éclairant."

La Révolution Française

Antoine Foucher

"À l’approche des vacances, je propose une lecture au long cours : le volume Quarto qui rassemble les écrits de François Furet sur la Révolution française. J’y vois deux raisons de se plonger. La première est le plaisir de lecture : Furet est un véritable écrivain, dont la langue est d’une précision, d’une netteté et d’une vigueur remarquables, sans jamais tomber dans l’agressivité. La seconde tient à la profondeur de son analyse. Qu’il s’agisse de ses travaux sur la longue Révolution ou de ses articles publiés dans Le Débat, il offre, à mes yeux, l’un des meilleurs éclairages sur notre époque. Son idée selon laquelle la Révolution française est achevée, au sens où les Français ne croient plus que la politique puisse transformer radicalement la société ou faire advenir un absolu sur terre, aide à comprendre le désarroi contemporain et la période de transition que nous traversons."