Édouard Balladur et la Ve République / Les crises climatiques et la carte de l’influence mondiale / n°471 / 6 septembre 2026

ÉDOUARD BALLADUR ET LA VE RÉPUBLIQUE

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Décédé lundi à 97 ans, Édouard Balladur aura connu sous la la Ve République les plus hautes responsabilités. Chargé des affaires sociales au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou à partir de 1964, il est  en première ligne au moment de la crise de Mai 68 puis de la négociation des accords de Grenelle. Secrétaire général de l’Elysée lorsque Georges Pompidou accède à la présidence de la République en 1969, il doit, au fur et à mesure de l’aggravation de la maladie qui emportera le chef de l’État, suppléer à ses défaillances physiques et psychiques.
Ignoré pendant son septennat par Valéry Giscard d’Estaing, il revient en 1981 à la politique active avec Jacques Chirac alors maire de Paris qu’il convainc de la nécessité d’une politique libérale. Il en sera l’artisan comme ministre d’État chargé de l'économie, des finances et de la privatisation dans le premier gouvernement de cohabitation de la Vème république. Il met en œuvre une politique la privatisation :  d’une trentaine de sociétés et s’attache à la libéralisation des prix et des changes ainsi qu’à la baisse des dépenses et des impôts.
Nouveau Premier ministre de cohabitation sous François Mitterrand de 1993 à 1995, Edouard Balladur suit une ligne libérale identique, notamment avec la réforme des retraites, mais doit reculer sur la mise en place d'un « Smic jeunes ».
En janvier 1995, alors que Jacques Chirac est officiellement en campagne depuis le 4 novembre 1994, Édouard Balladur déclare à son tour sa candidature. Ses bons sondages du début sont démentis dans les urnes : Édouard Balladur ne recueille que 18,6 % des suffrages exprimés, devancé par Jacques Chirac (20,8 %) et Lionel Jospin (23,3 %). En retrait de la vie politique active, il est chargé sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy  d’un Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions. On en retiendra l’encadrement des compétences présidentielles, l’interdiction faite aux parlementaires devenus ministres de retrouver leur siège à l’issue de leurs fonctions ministérielles, l’interdiction du cumul d’un mandat parlementaire avec toute fonction élective locale ou avec une fonction exécutive locale, 43 mesures pour la revalorisation du rôle du Parlement et de l’opposition avec notamment le renforcement du rôle des commissions et l’amélioration de la qualité du travail législatif, l’instillation d’une dose de proportionnelle, la réforme du Conseil de la magistrature, l’institution d’un défenseur des droits fondamentaux.

LES CRISES CLIMATIQUES ET LA CARTE DE L’INFLUENCE MONDIALE

Introduction

Philippe Meyer :
Au lendemain de la catastrophe au Népal, le gouvernement de Katmandou a interpellé la communauté internationale sur la responsabilité des grands pollueurs de la planète dans le changement climatique qui a favorisé les inondations dévastatrices du 26 août. Mercredi, un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement concluait : « c’est officiel : nous pouvons dire adieu à l’objectif de limiter à 1,5 °C le réchauffement planétaire visant à éviter les répercussions les plus dangereuses du changement climatique. »
« En perturbant l’équilibre énergétique qui avait caractérisé [notre époque géologique], l’Holocène, l’humanité a quitté la zone de stabilité qui avait permis l’essor des civilisations », constate une note de l’Institut des relations internationales et stratégiques, l’IRIS. Ce n’est pas la planète qui est en danger, mais la capacité des sociétés humaines à maintenir des conditions de vie stables dans un système Terre devenu instable. L’Arctique se réchauffe plus de trois fois plus vite que la moyenne mondiale, les sols s’assèchent et l’océan perd une partie de son rôle de tampon thermique et chimique. Ces dynamiques couplées révèlent une perte de résilience du système Terre, où chaque seuil franchi affaiblit les régulations naturelles des autres. Les pays du Sud subissent de plein fouet les effets du réchauffement (vagues de chaleur, stress hydrique, crises alimentaires) sans disposer des capacités d’adaptation nécessaires, tandis que les pays du Nord externalisent une partie de leur empreinte carbone par le commerce. La frontière climatique agit sur la fracture Nord-Sud, tout en la rendant plus visible et plus explosive : le climat devient un terrain de revendication, de dette et de justice.
Dans certaines régions, l’humidité et la chaleur atteignent les seuils physiologiques de tolérance humaine plusieurs jours par an, menaçant l’habitabilité à l’horizon 2050, notamment dans les pays du Golfe, dans la corne de l’Afrique et en Inde. Les deltas du Nil, du Gange et du Mékong sont menacés par la montée des eaux, tandis que des petits États insulaires du Pacifique planifient des relocalisations de population. Ce déplacement de populations à venir n’est pas seulement une question humanitaire : il redéfinira les frontières, les flux migratoires et les sécurités collectives. La crise de l’habitabilité devient un fait géopolitique majeur, fait valoir l’IRIS. La gouvernance mondiale du climat ne repose donc plus exclusivement sur les États. Elle se déploie à travers une mosaïque d’institutions internationales, d’acteurs privés, de juridictions nationales, de coalitions de villes et de nouveaux dispositifs financiers.

Les brèves

La France libre : de l'appel du 18 juin à la Libération

Marc-Olivier Padis

"J’ai profité des loisirs de l’été pour lire cette grande histoire de la France libre, aujourd’hui disponible en Folio. Comme Daniel Cordier, le biographe de Jean Moulin, Jean-Louis Crémieux-Brilhac a été résistant, s’est évadé et a rejoint Londres. Il est donc un témoin de l’épopée gaullienne, mais il a également accompli un véritable travail d’historien, au point que cet ouvrage est reconnu comme un livre de référence."

Questions internationales n°137-138 : « Les empires contre-attaquent »

Jean-Louis Bourlanges

"Dans le même esprit, le numéro de juin-septembre 2026 de Questions internationales, la revue de La Documentation française, est consacré à la remontée de la puissance sous toutes ses formes et à ses métamorphoses. Sous la direction de Samuel Janzey, il réunit un ensemble de grands chercheurs, parmi lesquels Gilles Andréani, avec un article très intéressant sur la dissociation du nationalisme et de l’esprit de puissance, ou encore Louis Gautier."

Plumes de paradis

Lucile Schmid

"Cette exposition du musée du Quai Branly est enchanteresse, mais elle nous renvoie aussi à toutes les contradictions de notre époque. On y découvre les oiseaux de paradis de Nouvelle-Guinée, véritables chorégraphes qui apprennent pendant plusieurs années des danses qu’ils exécutent dans de magnifiques forêts tropicales. Mais derrière l’émerveillement esthétique apparaît toute la question de notre relation à la nature, de son exploitation et de sa destruction, de la colonisation et de la mode : les plumes d’oiseaux de paradis se retrouvent jusque sur les turbans des peintures flamandes. On découvre aussi comment, au XXe siècle, des aristocrates, des femmes auxquelles étaient destinés les éventails en plumes, ont décidé de fonder des associations de protection de la nature. C’est très émouvant : on entre dans cette exposition en pensant qu’elle sera esthétique et elle devient politique, en montrant combien l’humanité est capable de tout faire et combien les chemins restent aujourd’hui ouverts."

L’Iliade et l’Odyssée, traductions d’Emmanuel Lascoux

Antoine Foucher

"Le film de Christopher Nolan aura au moins eu un mérite : pousser beaucoup d’entre nous à lire ou relire L’Iliade et L’Odyssée. J’ai découvert à cette occasion la traduction absolument extraordinaire d’Emmanuel Lascoux, qui prend le parti de restituer l’oralité de ces mythes, en traduisant, comme il le dit, « caméra sur l’épaule ». On a vraiment l’impression d’écouter, au coin du feu, un aède nous raconter L’Iliade et L’Odyssée. On disait à propos d’un érudit qu’« il n’y avait pas d’eau fraîche au fond de son puits de science » : Homère peut parfois être enseigné comme un classique un peu paralysant. Le grand mérite de Lascoux est de transformer Homère en eau fraîche : on le lit comme on regarde une série qu’on recommanderait à tous ses amis."