LE CANADA DE MARK CARNEY, DERNIÈRE CHANCE DE L’EUROPE ?
Introduction
ISSN 2608-984X
Philippe Meyer :
En pleine guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump, le Canada cherche de nouveaux partenaires, tandis que l'Europe, dont les relations avec Washington sont tout aussi houleuses, cherche des appuis à sa stratégie de rééquilibrage entre les deux super-puissances, Chine et États-Unis. Mark Carney dans son discours de Davos du 20 janvier 2026, avait acté le basculement dans un âge des empires fondé sur la coercition. Il y avait exposé le dilemme des puissances moyennes : choisir entre l'autonomie ou la soumission, et proposé une stratégie fondée sur la limitation des dépendances vis-à-vis des empires, la diversification des partenariats et le renforcement de la coopération entre les puissances moyennes.
Mercredi, dans son discours annuel sur l’état de l’Union devant le parlement européen à Strasbourg en présence du Premier ministre canadien Mark Carney, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a proposé que le Canada devienne le « premier membre associé » de l'Union européenne. « Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique », a souligné Mme von der Leyen, appelant Ottawa et Bruxelles à « bâtir » un « avenir commun ». A l’annonce de cette proposition, les eurodéputés se sont levés pour applaudir longuement M. Carney.
Jeudi, Mark Carney, a accueilli favorablement, « cette ambition ». S’exprimant à, son tour devant les députés européens, à Strasbourg, il a assuré que « les sondages montrent qu’une écrasante majorité de Canadiens sont favorables à des liens beaucoup plus étroits avec l’Europe ». Pour le Premier ministre canadien le Canada et l’Europe sont « plus forts ensemble » et ils sont liés par des « valeurs communes », non par des « deals », une allusion claire au président américain, Donald Trump. « Le Canada et l’Europe devraient garantir leur autonomie stratégique grâce à une coopération approfondie couvrant l’ensemble des capacités stratégiques », a développé M. Carney, arguant que les deux blocs devraient « œuvrer en faveur d’échanges numériques fluides, ainsi que d’une libre circulation des produits non agricoles et d’une vaste gamme de services. Nous devrions renforcer les liens entre nos populations, en permettant à nos jeunes de travailler, d’étudier et de vivre où ils le souhaitent, de part et d’autre de l’Atlantique », a-t-il déclaré. Pour autant, le Premier ministre canadien a assuré ne pas chercher la construction d’un « troisième bloc pour devenir une grande puissance rivale qui aurait de meilleures manières ». « Nous ne recherchons pas le pouvoir pour dominer autrui. Nos démocraties sont fondées sur l’État de droit », a-t-il souligné, avant de qualifier cette alliance future de « phare pour les démocraties ».
Avant de donner la parole à Nicole Gnesotto, je voudrais rappeler qu’en 1965, un journaliste du Monde, Claude Julien, qui avait fait ses études aux États-Unis à l’université Notre-Dame, avait publié un livre intitulé « Le Canada, dernière chance de l’Europe ». Il se trouve dans ma bibliothèque et j’ai eu la curiosité de le reprendre. J’avais pour Claude Julien une estime ancienne, que la lecture de ce livre a encore renforcée, tant il montrait l’intérêt pour le Canada et l’Europe d’établir un partenariat face aux États-Unis.
Si vous avez ce livre dans votre bibliothèque, je vous encourage à le reprendre. Claude Julien avait failli devenir directeur du Monde, mais André Fontaine et quelques autres avaient mené une guerre pour avoir sa peau après son élection par la rédaction. Il était ensuite devenu directeur du Monde diplomatique, où il avait maintenu un sens de l’équilibre assez remarquable.
COMBIEN Y A-T-IL D’EXTRÊMES DROITES ?
Introduction
Philippe Meyer :
Pour son premier grand discours depuis que la justice lui a rouvert la voie vers l'Élysée, Marine Le Pen a déroulé un programme refermant, point par point, la parenthèse libérale que Jordan Bardella et certains de ses conseillers avaient tenté d'ouvrir, gravant dans le marbre son slogan « ni droite ni gauche ». Pour 2027 elle veut mener « plus que jamais » la « bataille sociale ». Une formule qui sonne comme un désaveu pour ceux qui, en interne, espéraient muscler le versant pro-entreprise du parti. Affichant sa volonté de mettre l’accent sur la « priorité nationale » – « un droit naturel et juste », Marine Le Pen a promis d’appliquer ce principe controversé au logement social, l’un des « grands chantiers » de son potentiel quinquennat. En martelant cette thématique, elle s'est épargnée toute explication sur les polémiques qui ont émaillé la rentrée du RN. C’est à peine si elle a, sur le réseau X, promis de soumettre l’interdiction du voile à un réferendum. Elle n’est pas plus revenue sur la retraite à 62 voire à 60 ans, que sur les saillies racistes et sexistes d'un policier municipal membre du service d'ordre du parti, ou sur la fin de l'aide à l'Ukraine annoncée par le maire de Perpignan, Louis Aliot. Des propos qui viennent rappeler les positions prorusses longtemps tenues par le RN, que n'endosse pas totalement Jordan Bardella. La stratégie du « tandem complémentaire » tenue l'année passée, avec une ligne plus libérale incarnée par Jordan Bardella, et une ligne plus sociale et populiste jouée par Marine Le Pen, prend désormais des allures de duel au sommet.
Le 13 septembre, un autre duo à l’extrême droite mettait en scène ses ambitions, et ses possibles rivalités : Sarah Knafo puis Éric Zemmour ont conclu, chacun à leur tour, les universités d'été de Reconquête. Si le chef de la formation, n'a pas encore confirmé sa probable candidature, il a entamé sa rentrée en ciblant son créneau favori, l'islam, se déclarant contre le port du voile dans l’espace public, pour la « remigration » et critiquant sa meilleure ennemie, Marine Le Pen. Tandis qu’Éric Zemmour mise sur l'identitaire, sa compagne, Sarah Knafo combat sur le champ libéral. L'énarque creuse un sillon dans le secteur économique, portant un discours antifiscal, anti-État et techno-capitaliste, inspiré par Elon Musk et les politiques menées en Argentine et au Salvador.