La flambée du prix de l’essence et ses conséquences politiques / Les Européens et l’Ukraine / n°474 / 27 septembre 2026

LA FLAMBÉE DU PRIX DE L’ESSENCE ET SES CONSÉQUENCES POLITIQUES

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
La flambée des prix des carburants s'est invitée dans l'agenda du Premier ministre, qui met la dernière main à son budget. Elle fait redouter une crise sociale qui percuterait la course à l'Elysée et pourrait profiter au Rassemblement national et à La France insoumise. Face à « une colère immense » en France, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a exhorté à augmenter les salaires et bloquer les prix du carburant, demandant au gouvernement d'arrêter « les cadeaux aux plus riches et aux plus grandes entreprises ». Le gouvernement assure œuvrer pour la « maîtrise des prix », comme le lui a enjoint le 16 septembre, le président de la République. Mais les marges d'action paraissent singulièrement limitées, entre l'état des finances publiques et l'impossibilité d'influer sur le principal facteur de la varation des prix, la guerre au Moyen-Orient.
Pour beaucoup de pays, y compris la France, le dilemme est le même : faut-il laisser les consommateurs supporter le fardeau de l'inflation, ce qui nourrit leur ressentiment et pèse sur la croissance, ou prendre des mesures de soutien et charger la barque de finances publiques déjà sous pression? En réalité, les choix économiques dépendent bien souvent des échéances électorales. Or, les politiques le savent, il n'y a jamais loin de la pompe aux urnes.
Après une réunion le 18 septembre à l'Elysée avec des chefs de partis et des candidats à la présidentielle, le Président a martelé que les prix de l'énergie étaient dus « intégralement aux guerres ». La crise va durer et le prix du pétrole « va rythmer la vie du pays », confirmait Emmanuel Macron devant la presse après la réunion, plusieurs représentants des forces politiques évoquant la probabilité d'un litre d'essence à 3 euros à la fin de l'année. Hanté par la crainte d'un retour des « Gilets jaunes », Matignon a annoncé mardi la prolongation des aides ciblées, réservées aux Français les plus touchés en particulier l'agriculture, le BTP et les pêcheurs. Le nouveau dispositif prévoit une aide de 100 euros pour les gros rouleurs (soit 5,5 millions de Français éligibles contre 3 millions actuellement) et la prolongation du chèque énergie, pour un coût total de 450 millions d'euros. Une réponse trop timorée aux yeux de l'opposition qui réclame des mesures plus ambitieuses pour soulager le pouvoir d'achat tandis que selon un sondage Elabe/BFM, 70% des Français estiment que les mesures d'aides sur le carburant annoncées sont « insuffisantes ». Si le sociologue à l'université de Caen, Patrick Vassort, spécialiste des mouvements sociaux observe qu'« un certain nombre de feux sont au vert pour qu'une mobilisation se constitue », il rappelle toutefois qu'à la veille d'une année électorale, grèves et manifestations ont tendance à ralentir, les citoyens se trouvant dans l'attente des propositions des candidats.

LES EUROPÉENS ET L’UKRAINE

Introduction

Philippe Meyer :
Alors que l'Ukraine célébrait le 24 août les 35 ans de son indépendance, le Premier ministre britannique, Andy Burnham a choisi de se rendre à Kyiv pour sa première visite à l'étranger avec, le président du Conseil européen Antonio Costa, dont c'était la cinquième visite dans le pays. Andy Burnham n'est pas arrivé les mains vides. Il a annoncé qu'en coordination avec la France et après elle, il avait autorisé le missilier européen MBDA à livrer ses secrets de fabrication à l'Ukraine, afin qu'elle puisse construire sur son sol des missiles de croisière Storm Shadow (qu'on appelle Scalp en France). Depuis Kyiv, Burnham a également coprésidé, en visioconférence, avec le président français et le chancelier allemand, un sommet de la « coalition des volontaires » les 35 pays européens lancée conjointement en 2025 par son prédécesseur Keir Starmer et Emmanuel Macron. Les trois plus grandes puissances européennes considèrent comme contraire à leurs intérêts une victoire de la Russie sur l'Ukraine.
Le même jour, la Commission européenne a annoncé débloquer une nouvelle tranche du prêt de 90 milliards d'euros sur deux ans (2026 et 2027) promis à Kyiv ; elle porte sur 6,1 milliards d'euros « pour les systèmes de défense aérienne, les munitions et les radars dont l'Ukraine a un besoin urgent », précise son communiqué. Cette somme s'ajoute aux 16 milliards d'euros déjà débloqués en 2026, dont 8,35 milliards ont été déboursés. Les responsables européens évoquent déjà un nouveau programme d'aide d'une ampleur comparable, qui pourrait être financé par les avoirs russes gelés. Déjà, l’armée de Kyiv utilise les centres logistiques d'autres pays, comme la Pologne, l'Allemagne et la Roumanie, tandis que les entreprises ukrainiennes du secteur de la défense ont installé leur production dans toute l'Europe, avec par exemple une usine de carburant pour missiles balistiques en cours de construction au Danemark.
Au Royaume-Uni, le soutien à l'Ukraine est défendu par les différents gouvernements depuis 2022, indépendamment de leur couleur politique, et il reste largement partagé, malgré les critiques de certains partis populistes et d'extrême droite. Au sein de la population aussi, le soutien reste fort, alors qu'une certaine lassitude peut s'observer dans d'autres pays européens. Un sondage YouGov de février 2026 indiquait par exemple que 70% des Britanniques souhaitaient une victoire de l'Ukraine, contre seulement 45% des Français.
Les mois qui viennent pourraient voir la victoire de forces électorales plus à l'écoute de la Russie de Poutine dans plusieurs pays clefs de l'Europe. Les partis favorables à Moscou gagnent du terrain, comme en France avec le Rassemblement national ou en Allemagne avec l’AfD.

Les brèves

La France à la carte

Philippe Meyer

"« Passons, passons, puisque tout passe. Je me retournerai souvent. » Ces vers d’Apollinaire me rappellent que la nostalgie est un droit de l’homme et qu’il est bon de s’en souvenir. Ce livre de Jean-Claude Raspiengas permet de se replonger dans l’histoire des routes et des chemins, des cartes routières, du vélo, de l’automobile et du voyage, mais aussi dans la formidable saga de Michelin. Les deux frères qui ont créé l’entreprise n’ont rien à envier aux grands industriels américains, jusqu’à cet épisode étonnant où ils obtinrent le monopole de la signalisation sur tout le territoire français, qui ne fut supprimé qu’en 1946. Pour tous ceux qui s’intéressent au vélo, à l’automobile, ou se souviennent de l’époque où le GPS ne commandait pas encore nos voyages, c’est une lecture très agréable."

Le bal des foudroyés

Marc-Olivier Padis

"Je lis toujours avec beaucoup de plaisir les romans historiques de Camille Pascal, notamment L’Été des quatre rois, consacré à la révolution de 1830, ou La Chambre des dupes. Dans Le Bal des foudroyés, il raconte avec beaucoup de talent et une très grande documentation un moment clef de notre histoire : la mort de Mazarin et la décision de Louis XIV de prendre lui-même en main les affaires de l’État, jusqu’à la disgrâce de Fouquet, qui, d’une certaine manière, paie pour un Mazarin demeuré intouchable. Tous les dialogues sont authentiquement tirés des mémoires de l’époque, dans un style légèrement archaïsant où se glissent, sans être signalés, des vers de La Fontaine ou de Racine. Une lecture très agréable qui nous plonge dans un moment passionnant de l’histoire de France."

À la table des diplomates : l’histoire de France racontée à travers ses grands repas : 1520 - 2015

Nicole Gnesotto

"Je vous conseille ce livre paru en 2016, mais que je viens seulement de le lire. Laurent Stefanini, diplomate et ancien chef du protocole à l’Élysée, y a demandé à des historiens et responsables politiques de raconter de grands moments de l’histoire diplomatique française à travers des repas d’État ou de gala. Je signale notamment le chapitre de Jean-Pierre Filiu sur l’arrivée d’Arafat à l’Élysée en 1993, celui d’Hubert Védrine sur le voyage de François Mitterrand à Pékin en 1983, ou encore celui d’André Kaspi sur la réception des Kennedy à Versailles par le général de Gaulle. Chaque récit mêle réflexion historique et diplomatique à une recette tirée du menu, ensuite commentée et adaptée par un grand cuisinier. C’est à la fois très amusant, très instructif et alléchant."

Sartre pour mémoire

Jean-Louis Bourlanges

"Ce n’est ni une biographie ni une étude de Sartre, mais le récit du rapport complexe que Michel Winock, homme des années 1950, a entretenu avec lui. On y retrouve toutes les qualités de l’historien : la culture, l’élégance du style et la précision de la documentation. Mais ce qui me frappe surtout, c’est son regard sur Sartre, qui confine au strabisme divergent : une profonde sympathie pour l’homme de gauche dont il partageait alors certaines options, une admiration justifiée pour l’écrivain au talent fou, et en même temps la reconnaissance que, dans son opposition avec Raymond Aron, c’est Aron qui avait raison. Cette hésitation est profondément caractéristique d’une génération qui a pu dire : « il vaut mieux avoir tort avec Jean-Paul Sartre que raison avec Raymond Aron ». Pour ma part, j’estime qu’il vaut mieux avoir raison avec Raymond Aron, tout en lisant Sartre, parce que c’est un grand écrivain."