Émeutes lycéennes : mobiles, modalités, réponses / Enjeux de l’élection brésilienne

ÉMEUTES LYCÉENNES : MOBILES, MODALITÉS, RÉPONSES

Introduction

ISSN 2608-984X

Philippe Meyer :
Il aura fallu à peine dix jours pour qu’un blocage, organisé le 21 septembre dans un lycée de Créteil afin de dénoncer des postes vacants, fasse tache d’huile dans la banlieue parisienne, avant de gagner tout le pays. Des milliers de lycéens manifestent depuis en banlieue, dans la capitale, dans les grandes villes, et dans de plus petites communes. Ils se mobilisent majoritairement dans le public, mais aussi dans le privé ; en voie générale et technologique comme au lycée professionnel. Les lycéens conspuent, pêle-mêle, un manque de personnel, des enseignants non remplacés, des « classes à 35 élèves », des emplois du temps trop chargés, la plateforme Parcoursup qui « décider[ait] de leur avenir », ou encore des bâtiments vétustes. Du fait des réseaux sociaux, c’est une mobilisation très horizontale, qui n’a plus grand-chose à voir avec les mouvements lycéens historiques. Les modes d’action sont aussi plus radicaux. Le blocage est utilisé en première intention, alors qu’avant c’étaient les appels à manifester qui scandaient les mouvements. Mardi, 450.000 personnes selon les organisations syndicales et étudiantes, 266.000 selon l'Intérieur, ont défilé partout en France.
Les deux premières semaines de la contestation ont été émaillées de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre : plus de 6.000 interpellations ont eu lieu, essentiellement des mineurs. Mardi, le décompte officiel établissait un record d’au moins 215 élèves, 85 personnels de l’éducation et 750 gendarmes ou policiers blessés. Le politiste Vincent Tiberj explique, dans Le Monde, comment, avant même de chercher à amorcer un dialogue, le gouvernement a géré les rassemblements lycéens comme s’il s’agissait d’émeutes urbaines. Des chercheurs comme Sebastian Roché et Olivier Fillieule ont montré que, depuis les manifestations contre la loi El Khomri, en 2016, une bascule s’est opérée dans la gestion policière des manifestations. Les tactiques se sont durcies, le recours à l’affrontement direct avec les manifestants est devenu systématique. Nos policiers sont de plus en plus armés.
Face à la mobilisation lycéenne, le ministre de l’Éducation nationale a lancé lundi une « plateforme de consultation » en ligne pour recueillir la parole des lycéens. Mardi, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a annoncé la suspension des cours au lycée en fin de semaine pour organiser un « temps de démocratie interne » avec les élèves. Mercredi, le ministre de l’Intérieur a déclaré suspendre temporairement l'utilisation des grenades assourdissantes. Mercredi soir, dans une allocution télévisée, Sébastien Lecornu a exprimé une forme de compréhension vis-à-vis du mouvement des lycéens, prévenant toutefois qu’il ne pourrait pas répondre à leurs principales revendications. À l’approche des vacances scolaires de la Toussaint, qui débutent le 17 octobre, le Premier ministre a annoncé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois ».

ENJEUX DE L’ÉLECTION BRÉSILIENNE

Introduction

Philippe Meyer :
Au Brésil, lors du premier tour des élections présidentielles le 4 octobre, Flavio Bolsonaro, le candidat d’extrême droite, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, a obtenu 47 % des votes, contre 45 % pour l’actuel président, Luiz Inacio Lula da Silva qui à 81 ans brigue un quatrième mandat. Si Lula est vaincu par Flávio Bolsonaro lors du second tour le 25 octobre, le pays tombera dans l'escarcelle de la droite radicale, rejoignant l'Argentine de Javier Milei, le Chili, la Colombie et le Pérou, sous le regard approbateur de Donald Trump. L’élection pourrait reconfigurer tout le panorama politique de la droite sud-américaine, et avec lui l’avenir du Mercosur, la politique climatique en Amazonie, et l’équilibre des relations entre les États-Unis, la Chine et les Brics.
Lors de la campagne du premier tour, quatre thèmes ont dominé : l’insécurité, malgré le recul des homicides ; le coût de la vie, sur fond de croissance faible ; la corruption, avec un scandale bancaire éclaboussant les élites ; et la souveraineté nationale, remise au premier plan par les sanctions et les droits de douane américains. Au regard du bilan de son troisième mandat – un taux de chômage ramené à 5,3 %, 14 millions de personnes sorties de la pauvreté, et la réduction de moitié du taux de déforestation de l’Amazonie – Lula espérait aborder le scrutin en position de force. Il a notamment centré sa campagne sur la défense de la souveraineté face aux pressions de Donald Trump, qui a infligé plusieurs vagues de surtaxes douanières au Brésil.
La proximité du clan Bolsonaro avec le président américain, Donald Trump, suscitait des craintes pour la souveraineté du Brésil. Le sénateur promet d'amnistier son père, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d'Etat, et tous ceux qui ont participé aux saccages du 8 janvier 2023, peu après le retour de Lula au pouvoir. Il prône une répression sans limite contre le crime et vante les méthodes du président salvadorien, Nayib Bukele. Il a également promis une plus grande rigueur budgétaire, des baisses d'impôts et moins d'État.
Les Brésiliens ont voté aussi pour leurs gouverneurs, leurs députés fédéraux et ceux des assemblées locales, et les deux tiers du Sénat. Les législatives ont confirmé cette « vague à droite », dans les deux chambres, comme dans les assemblées législatives locales. Si les catholiques, majoritaires, penchent davantage pour Lula, les évangéliques constituent une base importante du bolsonarisme.

Les brèves

La grande interruption

Lucile Schmid

"Après Le Dernier des Siens, qui racontait l’amitié entre un grand pingouin, le dernier de son espèce, et un jeune naturaliste, Sybille Grimbert explore une nouvelle amitié improbable, entre une petite fille et une intelligence artificielle. Dans un monde post-apocalyptique où l’intelligence artificielle a pris le pouvoir pour inciter l’humanité à devenir plus raisonnable, le système finit par se dérégler. Nadine et Josépha entreprennent alors un voyage à travers le monde pour retrouver le sens de l’humanité, sans renoncer à la technique. C’est un roman absolument magnifique, une sorte de Lewis Carroll du XXIe siècle, qui explore avec beaucoup de poésie ces amitiés improbables."

Le Monde déplié : la géopolitique en cartes et en bande dessinée

Béatrice Giblin

"Ce nouveau trimestriel propose une approche de la géopolitique en cartes et en bande dessinée, dans un format dépliant qui s’ouvre sur une immense carte représentant le monde vu par Donald Trump. L’intérêt n’est pas de juger cette vision, mais de comprendre comment Trump perçoit le monde. La bande dessinée retrace également le parcours de J. D. Vance, un personnage dont il ne faut pas sous-estimer l’importance. C’est extrêmement accessible, très bien fait, vendu en kiosque à un prix modique. C’est ce que j’appelle une géopolitique démocratique et citoyenne. Le prochain numéro sera consacré à Poutine, et je suis très curieuse de découvrir comment il sera traité."

Géopolitique : histoire et théories

Béatrice Giblin

"Cette bande dessinée de Vincent Piolet et Nicola Gobbi revient sur les origines de la géopolitique, notamment à travers la revue Hérodote, les controverses de la période nazie et de l’après-guerre, jusqu’aux situations géopolitiques contemporaines. C’est un ouvrage très accessible, qui permet de comprendre l’histoire et les débats de cette discipline, avec notamment un petit portrait très réussi d’Yves Lacoste. Une excellente idée de cadeau, pour Noël ou pour toute autre occasion."

Le coût social de « la dette au feu »

Lionel Zinsou

"Guillaume Hannezo a publié chez Terra Nova une nouvelle étude qui complète ses précédents travaux sur les moyens de sortir de la crise de la dette française. Sa première note exposait des solutions connues, déjà mises en œuvre efficacement ailleurs, mais politiquement désagréables, notamment sur les retraites, le pouvoir d’achat et la TVA, dont personne ne souhaite parler dans la perspective de l’élection présidentielle. Sa nouvelle étude examine les conséquences d’un défaut sur la dette française, notamment celle détenue par les banques centrales, comme le préconise Jean-Luc Mélenchon. En s’appuyant sur l’histoire, il montre qu’un tel défaut profite aux catégories les plus favorisées, en termes de revenus et de patrimoine, et se révèle ruineux pour les plus pauvres. Une analyse qui devrait inciter les partisans de cette solution à davantage de prudence ou d’information …"

ABC Penser : l’abécédaire de la pensée contemporaine

Nicole Gnesotto

"Cet abécédaire rassemble les réflexions d’une cinquantaine d’intellectuels français, interrogés sur des thèmes correspondant à leurs travaux. Le choix des mots est très éclectique, mêlant des notions universelles comme l’amour, la guerre ou le désir à des sujets plus contemporains comme MeToo, le genre, le soin, le communisme, etc. On y retrouve notamment André Comte-Sponville sur l’amour, avec une réflexion formidable sur son caractère éternel ou historique, Régis Debray sur la civilisation, le général Durieux sur la guerre, Pierre Nora sur la mémoire ou encore Irène Théry sur MeToo. L’intérêt de cet ouvrage est qu’on peut y piocher au gré de ses envies et de l’actualité. C’est un excellent livre de chevet, dont la lecture peut facilement s’étendre sur une année."