Pasteur

Brève proposée par David Djaïz dans l'émission Le grand vide des partis politiques / Où va la « doctrine Donroe » ? / n°437 / 11 janvier 2026, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Pasteur

David Djaïz

"J’ai relu récemment la biographie que Michel Morange a consacrée à Louis Pasteur, et j’y ai découvert un personnage bien différent de celui de l’imagerie nationale. On connaît le savant qui triomphe grâce au vaccin contre la rage, figure couverte d’honneurs sous le Second Empire comme sous la République. Mais Morange restitue d’abord un entrepreneur expérimentateur, un chimiste qui se lance dans des enquêtes multiples — des cristaux de paratartrate au ver à soie d’Alès, en passant par la bière, le vin, le charbon du mouton — et qui sait mobiliser collaborateurs et ressources pour faire avancer l’expérimentation dans la lutte contre les maladies infectieuses. On découvre aussi un polémiste passionné, engagé dans des controverses scientifiques d’une violence que nous avons oubliée, notamment sur la génération spontanée. Et puis un homme généreux, attentif à ses étudiants, animé par une curiosité infatigable. J’ai une grande admiration pour Pasteur, et je recommande ce livre à toutes celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre celui qu’il fut vraiment."


Les autres brèves de l'émission :

Noms d'oiseaux : l'insulte en politique de la Restauration à nos jours

Philippe Meyer

"Je recommande ce petit livre savoureux consacré à l’insulte politique, de la Restauration à nos jours. On y découvre que la violence verbale n’a rien de neuf, loin s’en faut ; ce qui l’est davantage, c’est la pauvreté littéraire des insultes contemporaines. Autrefois, même ceux qui n’avaient guère fréquenté l’école donnaient à leurs invectives une substance, une couleur historique, une élégance involontaire. Ce livre, érudit sans être pesant, rappelle que l’injure fut longtemps un art."


Tocqueville

Jean-Louis Bourlanges

"Je voudrais rendre un hommage appuyé à la biographie que Françoise Mélonio consacre à Tocqueville. C’est un livre universitaire, très sérieux, mais qui rencontre un vrai succès de librairie, ce qui prouve qu’il existe encore dans ce pays une attente pour les valeurs que Tocqueville incarnait — et d’abord le goût de la liberté. Cette biographie est remarquable d’érudition, de précision et d’élégance, et elle restitue un Tocqueville profondément non-conformiste : non-conformiste politiquement, en rompant avec le milieu ultra pour s’orienter vers le libéralisme puis la démocratie ; non-conformiste dans sa vie personnelle, en épousant une femme ni jolie, ni riche, ni titrée, mal reçue en société, et ayant mauvais caractère, mais qu’il a choisie et à laquelle il est resté fidèle, imposant ce choix à sa famille. On y voit aussi la contradiction entre l’optimisme de sa pensée — il croyait à la conciliation possible de l’égalité et de la liberté — et la frustration de l’action politique, dans une époque où la réaction l’emporte. En somme, cette biographie fait apparaître un Tocqueville héros platonicien : sa vraie vie est dans les idées, tandis que sa vie concrète reste faite de difficultés et de déceptions."


Henua

Lucile Schmid

"J’ai un tropisme pour le Pacifique Sud, et c’est ce qui m’a conduit vers ce polar ethnographique signé Marin Ledun et dont l’histoire est située aux îles Marquises. Le meurtre d’une jeune femme n’est ici qu’un prétexte : l’essentiel tient à la description de la faune, des fleurs, des oiseaux et de tout ce qui compose la vie insulaire, avec son caractère endémique et sa lenteur propre. On découvre un petit bout de France au milieu du Pacifique, et l’on élargit notre horizon bien au-delà du face-à-face habituel entre États-Unis, France et Europe. Et qu’on ne s’y trompe pas : l’intrigue policière, pour subtile qu’elle soit, est passionnante."


Paris-Berlin, destins croisés

Antoine Foucher

"Je recommande ce documentaire qui pourrait paraître austère mais qui se regarde comme un polar. Il raconte trois siècles d’histoire politique incarnée dans l’architecture, en miroir entre Paris et Berlin. On y voit comment chaque ville répond à l’autre, presque bâtiment par bâtiment, et comment l’urbanisme révèle des choix politiques, esthétiques et historiques. Certaines séquences sont de véritables révélations — par exemple lorsqu’Alexandre Gady montre comment le dôme des Invalides devient, au moment où le roi quitte Paris pour Versailles, la forme la plus visible de la présence royale dans la ville. Et puis il y a le contraste des modes de vie : j’ai vécu à Berlin et j’y ai toujours trouvé un confort, un espace et une simplicité qu’on ne trouve pas à Paris. Le documentaire éclaire cette différence : deux millions de Parisiens dans cent kilomètres carrés contre trois millions de Berlinois dans neuf cents. On comprend mieux ce mélange parisien de beauté et de fatigue, d’insalubrité et de joie, de plaisir et d’agressivité. Rien que pour cela, c’est passionnant."