Les brèves

Pompes funèbres : les morts illustres 1871-1914

Philippe Meyer, créée le 08-09-2024

"Je voudrais signaler le dernier livre de Michel Winock, Pompes funèbres. S'appuyant sur Michelet qui définissait l'Histoire comme une résurrection, Winock à travers le récit de la mort et des funérailles d'une vingtaine de personnages capitaux, donne à voir l’essentiel de leur vie, et propose une histoire cursive et alerte de la IIIème République. On y trouvera des visites à de grands écrivains : Hugo. Zola, Jules Vallès, Péguy, tous mêlés à la vie politique de leur temps, de grands intellectuels, Michelet, (enterré trois fois),  Renan, Pasteur, des acteurs capitaux des nombreux combats de l’époque, Gambetta, Thiers, Jaurès, des méconnus comme Sadi Carnot et des défavorablement connus comme Félix Faure, d’admirables oubliés, comme Louis Rossel, le patriote intransigeant, des féministes, révolutionnaire, comme Louise Michel, réformatrice, comme George Sand, hésitante, comme Louise Colet. « Je ne propose pas ici une haie d'honneur, écrit Winock je retrace à grands traits l'existence d'une vingtaine de personnalités qui ont compté dans notre histoire, sans brûler l'encens et sans agiter le fouet. Je ne cache pas pour autant mes sympathies et, plus rarement, mes répulsions. Car ces morts vivent en moi, même si je ne veux pas me laisser prendre au mirage du passé ». Ce tranquille mélange d’érudition et de conviction est la marque du biographe, de Clémenceau, de Flaubert et de Madame de Staël …"


Houris

Béatrice Giblin, créée le 08-09-2024

"Je vous recommande le dernier roman de Kamel Daoud. L’auteur est désormais exilé en France, puisqu’il est interdit d’aborder un certain nombre de sujets en Algérie, dont celui de la guerre civile et des années de plomb, dont parle ce livre. Le roman n’est pas parfait, certains trouvent son style très poétique, pour ma part je le trouve un peu alambiqué. Le livre me paraît pourtant nécessaire, c’est un combat contre l’oubli, car toute nation qui met ses tragédies sous le tapis sera rattrapé par elles un jour ou l’autre. "








Hommage à Benoît Duteurtre

Philippe Meyer, créée le 21-07-2024

"Je veux rendre hommage à Benoît Duteurtre, mort d’une crise cardiaque à 64 ans, mercredi dernier et dont Etienne de Montéty a si justement écrit dans le Figaro qu’« entre mille dons, musique, littérature, il avait celui de l'amitié» Ami, il le fut de Sempé et de Kundera, de Philippe Muray et de Jean Clair, Il était studieux mais sans l’afficher, courageux, mais sans en faire parade. Il fit rendre gorge au Monde qui, ne supportant pas sa critique de la musique contemporaine française et du pontificat de Pierre Boulez, l’avait comparé à Robert Faurisson. Le Monde, aussi rancunier que la mule du pape, a passé sous silence cet épisode dans l’articulet d’une parfaite platitude qu’il a consacré à la mort du producteur d’Étonnez-moi Benoît. Son ironie était à la fois cruelle et de bonne humeur, qu’il brocarde l’époque où qu’il tourne la maire et la mairie de Paris en ridicule. Dans les choix qui lui ont valu tant d’auditeurs heureux à France Musique, tout était sincère et il réussissait à naviguer non à contre-courant, mais sur des cours d’eau à l’écart. Il se sentait du Havre et des Vosges, du pays reçu et du pays choisi et il savait en parler et les faire découvrir. L’incrédulité a rendu encore plus navrante l’annonce que son cœur l’avait lâché."


Impossibles adieux

Lucile Schmid, créée le 21-07-2024

"Je vous recommande ce roman, de la romancière et poétesse coréenne Kang Han. Il nous plonge dans l’histoire de la Corée en 1948-1949, au moment où a lieu un grand massacre sur l’île de Jeju, au sur de la péninsule. Le roman est extraordinaire, car l’histoire se passe ne hiver, dans une ambiance où la neige ne cesse de tomber, et où les fantômes de ceux qui ont été massacrés vont resurgir progressivement, autour d’une famille dans le déni de ce massacre. Ces impossibles adieux sont les adieux aux disparus, ceux dont on ignore le sort (notamment où sont leurs corps). Ambiance incroyable où le rêve et la réalité ne cessent de se mêler, autour de la narratrice qui fait le voyage dans l’île pour des raisons très anecdotiques (nourrir le perroquet d’une de ses amies hospitalisée). Le roman nous montre aussi comment les démocraties peuvent aussi se construire sur le déni historique. Aussi intéressant que bouleversant. "


Retour à Lemberg

Nicolas Baverez, créée le 21-07-2024

"J’ai deux recommandations qui complèteront la lecture de Jean-Luc Mélenchon, et lui serviront peut-être d’antidote. D’abord, cette bande dessinée tirée du livre à succès de Philippe Robert Sands. Lemberg est aujourd’hui en Ukraine et s’appelle Lviv. Sands vient y donner une conférence, et à cette occasion, il fait l’histoire de deux juristes juifs qui ont inventé les notions de crime contre l’humanité et de crime de génocide, qui se trouvent être tous deux originaires de cette ville. L’histoire est extrêmement intéressante, et malheureusement encore très actuelle."


Les dieux ont soif

Nicolas Baverez, créée le 21-07-2024

"Et puis l’excellente réédition de ce livre d’Anatole France. Grand figure de la gauche, Anatole France avait été excommunié par Aragon et les surréalistes, et était admiré par Joseph Conrad. Milan Kundera expliquait que c’était à travers la lecture de ce livre qu’il avait découvert le fonctionnent interne d’une dictature. Le livre est excellent, il se passe pendant la Terreur ; on suit un peintre raté, qui devient un juge fanatique au sein du tribunal révolutionnaire, avant de finir lui-même sur l’échafaud. "