Les brèves

Macron-Poutine : les liaisons dangereuses

Jean-Louis Bourlanges, créée le 11-06-2023

"J’avais évoqué le livre d’Isabelle Lasserre à ce micro il y a quelques semaines, j’aimerais y revenir, car c’est la confrontation de deux personnalités radicalement différentes. Poutine est un homme absolument terrifiant, qui vit dans une réalité parallèle de plus en plus éloignée de la nôtre, et Macron, qui surplombe en quelque sorte la réalité, par un excès de rationalisme. Une irrationalité dévastatrice face à une rationalité abusive."


La faille souterraine et autres enquêtes

Nicole Gnesotto, créée le 04-06-2023

"Ma brève est nostalgique. J’ai toujours beaucoup admiré l’écrivain suédois Henning Mankell, auteur de romans dits « policiers », qui a inventé le savoureux personnage du commissaire Kurt Wallander : divorcé, solitaire, taiseux, déprimé et désespéré, qui passe sa vie à traquer ce qu’il appelle « la faille » dans la société suédoise : l’irruption d’une violence aussi brutale qu’incompréhensible. Dans une petite librairie, je suis tombée par hasard sur ce recueil de nouvelles qui m’avait échappé. On y retrouve Kurt Wallander, alors jeune inspecteur. Ce sont des petites pépites de 50 ou 60 pages. Pour moi, Mankell est sur la crise de la société suédoise ce que John le Carré a pu être sur le délitement de l‘empire britannique. A travers une intrigue policière ou d’espionnage, ces auteurs vous font sentir comment une société millénaire perd petit à petit ses repères."


Grève de la rédaction des Échos

Philippe Meyer, créée le 04-06-2023

"Quand on veut mesurer la relation qui unit deux phénomènes, on établit un taux de corrélation, qui se situe entre 0 et 1. Le regretté Raymond Boudon, dans son cours sur les statistiques appliquées aux sciences sociales, nous indiquait que le taux de corrélation entre le vol des cigognes au dessus de l’Alsace et la naissance des bébés était de 0,7, c’est à dire très élevé. Il en profitait pour nous rappeler que la corrélation et la causalité sont deux concepts différents. Il y a quelque temps, le directeur des Echos (propriété de M. Bernard Arnault) a été licencié. Son journal venait de publier un article sur des suspicions de l’administration envers l’une des entreprises de M. Arnault. Je ne voudrais pas établir d’autre lien que celui de la corrélation entre ces deux phénomènes, mais il se trouve que M. Arnault semble avoir trouvé un moyen de contourner le véto auquel a statutairement droit la rédaction des Echos. Si bien que la dite rédaction, qu’on ne saurait soupçonner d’idées d’extrême-gauche, s’est mise en grève pendant 24 heures. Ceci pose plusieurs problèmes, dont l’un est plus aigu en France que dans le reste de l’Europe : la propriété de la presse. Et aussi la garantie d’indépendance d’une rédaction. « Indépendance » ne signifie pas « irresponsabilité », toutes les rédactions ont à répondre de ce qu’elles publient. Il y a beaucoup à réfléchir pour garantir la manière dont les propriétaires de journaux respectent les engagements qu’ils ont pris, et l’indépendance des rédactions."


Le bâtard de Nazareth

Richard Werly, créée le 04-06-2023

"Metin Arditi est un écrivain turco-suisse. C’est un romancier prolifique, puisqu’il sort presque un livre par an. Avec son dernier livre, il s’est lancé un pari assez insensé : raconter la vie de Jésus. Je dois avouer que j’ai abordé la lecture avec suspicion. D’abord parce que le livre est court, je me demandais comment il allait s’en tirer en si peu de pages. Or j’ai trouvé formidable cette plongée dans la réalité du Juif Jésus. Il retrace la fresque de l’époque (en grande partie fictionnelle, mais basée sur des faits), et il y a dans le titre même du livre une énigme dont je ne dévoilerai pas la réponse ici. Heureuse surprise que cette plongée dans une époque qui a façonné nos sociétés d’aujourd’hui. "


Giovanni Bellini : influences croisées

Michel Eltchaninoff, créée le 04-06-2023

"Je vous vous recommande cette exposition du musée Jacquemart-André à Paris, qui se finira le 17 juillet. Le peintre vénitien Bellini est peut-être moins flamboyant que Carpaccio, moins violent que le Tintoret, et moins philosophe que Giorgione, il peint surtout des madones, mais il exprime une humanité et une douceur absolument bouleversantes. Il est l’un des premiers chefs de file de l’école du colorito : vénitien, sensuel, face aux expérimentations géométriques et mathématiques des florentins. Un mélange de vie et de sérénité que cette position. Notons qu’on peut la visiter comme l’ont prévu ses commissaires, en présentant des liens avec d’autres peintres. Mais on peut aussi se faire son petit scénario personnel. Ç’a été mon cas, à travers ces mères et ces enfants. J’ai vu d’abord la tendresse, mais aussi l’inquiétude maternelle, on comprend au regard de Marie qu’elle sait que son fils va mourir avant elle et on voit que cela la désespère. Dans un autre tableau, lors de la crucifixion, le corps de Jésus est totalement livide, le visage décomposé. Encore un peu plus loin, le Christ est mort. Son torse est celui d’un jeune homme, glabre, rose, le visage ne souffre plus, il semble apaisé. S’il l’un des deux anges au-dessus de lui verse une larme. Je vous engage à aller vous faire votre propre itinéraire dans cette magnifique exposition."


La dernière reine

Akram Belkaïd, créée le 04-06-2023

"Je vous recommande ce film algérien encore à l’affiche. Il a la particularité de traiter d’une période historique qui n’a rien à voir avec la période coloniale ou post-indépendance. L’intrigue se déroule à Alger en 1516, au moment où la république monarchique d’Alger est sous la menace des Espagnols, et où elle fait appel au fameux corsaire turc Barberousse, héros national ottoman, pour libérer la ville. Le film explique comment les Ottomans se sont installés à Alger, et comment cette installation a été combattue par la reine Zaphira, qui s’est efforcée de conserver l’autonomie de la République d’Alger. C’est un film intéressant car il a déclenché beaucoup de débats. En effet, les Ottomans sont traditionnellement présentés comme des sauveurs dans l’historiographie algérienne. Le film adopté un autre point de vue : ce sont certes des libérateurs, mais aussi des régicides, car ils assassinent le roi en place et imposent leur propre dynastie, dont l’un des représentants sera le geôlier de Cervantès. Comment les Algériens doivent-ils considérer la présence ottomane ? Le film pose la question."





La colère et l’oubli : les démocraties face au djihadisme européen

Béatrice Giblin, créée le 14-05-2023

"L’ouvrage que je vous recommande est moins léger que Carmen. Hugo Micheron est un chercheur dont j’apprécie beaucoup le travail. Il s’agit d’une enquête très approfondie, le travail de recherche est extrêmement sérieux, Micheron parle parfaitement l’arabe, ses sources sont donc très directes. C’est une interrogation sur l’origine du djihadisme en Europe, mais aussi sur son devenir. Comment on est passés de la colère à l’oubli. La question du djihadisme reste très présente, car les gens radicalisés emprisonnés commencent à être libérés, et rien n’indique que leurs convictions aient changé … Au-delà des attentats, il s’agit de réussir à comprendre ce qui a permis au djihadisme de devenir cet enjeu politique, sociétal et démocratique absolument majeur. Le livre montre comment des Etats aux histoires très différentes, qu’ils aient un passé colonialiste ou non, ont connu cette implantation du djihadisme. Comment des petits groupes ont eu une réelle stratégie d’entrisme dans certains quartiers, et les conséquences que cela a pu avoir. Vraiment remarquable. "


Rétrospective Louis Malle

Philippe Meyer, créée le 14-05-2023

"Je me suis récemment replongé dans la filmographie de Louis Malle. Il mériterait bien une rétrospective, mais il est vrai que son parcours d’électron libre dans le cinéma ne lui donne pas souvent droit à ce genre d’éclairage. Tous ses films sont accessibles sur internet, on peut donc se faire chez soi sa propre rétrospective sur mesure. On reverra avec beaucoup de plaisir « Zazie dans le métro », réussite totale de l’adaptation cinématographique d’un certain ton littéraire, celui de Queneau, mélange très singulier d’insolence et de fantaisie. On pense évidemment à « Ascenseur pour l’échafaud » ou aux « Amants ». On peut s’émerveiller de la diversité d’inspiration de ses films, du « Voleur » (magnifique adaptation de l’écrivain anarchiste Georges Darien), à « Milou en Mai » en passant par « Au revoir les enfants » très prenant et certainement autobiographique, « Le souffle au cœur », « My dinner with André » (sorte de non-film) ou « Lacombe Lucien », qui en son temps avait suscité de grands débats. "


Macron - Poutine : les liaisons dangereuses

Michaela Wiegel, créée le 14-05-2023

"Je vous recommande ce livre d’Isabelle Lasserre, journaliste au Figaro. Elle y décortique le réseau qui a pu amener des responsables politiques français à s’aveugler sur les véritables intentions de Vladimir Poutine. Elle décrit également cette tendance à envisager la Russie d’une façon qui correspond à un ressenti français, mais pas à la réalité russe. Elle est souvent assez dure dans ses jugements, mais on est mieux armé pour analyser l’actualité après la lecture de ce livre."