Les brèves


Des mots et des actes : les belles-lettres sous l'Occupation

Jean-Louis Bourlanges, créée le 12-01-2025

"Je vous recommande ce livre de Jérôme Garcin, qui tente de répondre à la question de Proust (dans « contre contre Sainte-Beuve ») : une œuvre est-elle indépendante de la vie de l’auteur qui l’a produite ? Garcin a longtemps pensé que oui, mais a fini par changer d’avis, et dans ce livre il situe un ensemble d’écrivains dans l’histoire de l’Occupation, et c’est un festival, ou quelques héros côtoient des collaborateurs assez ignobles, comme Paul Morand ou Robert Brasillach … Doit-on pour autant ne plus les lire ? Je crois une non. De Gaulle avait raison de condamner Brasillach en tant que figure intellectuelle, en tant que chef, ayant entraîné dans son sillage nauséabond des milliers de gens. Mais quand ils ont du talent (et dans le cas de Morand c’est incontestable), il faut continuer de lire les écrivains, car comme le disait Blaise Pascal : « cela est d’un autre ordre »."


michelrocard.org

Philippe Meyer, créée le 05-01-2025

"Par ailleurs, vous trouverez sur ce site toutes les archives concernant l’action de Michel Rocard, avec des vidéos, etc. Et une lettre d’information à laquelle il est possible de s’abonner. On peut notamment y voir une réaction de Michel Rocard à une chose inexacte et méchante que Jacques Chirac avait dit à propos de sa façon de gérer les finances. La manière dont il répond est tout à fait remarquable, débarrassée de toute espèce de blessure narcissique. Il explique simplement en quoi c’est faux, et la façon dont la rédaction du Monde a refusé de publier les véritables chiffres, au lieu des mensonges de Chirac … "






Gouverner au centre : la politique que nous n'aimons pas

Jean-Louis Bourlanges, créée le 15-12-2024

"La passation de pouvoir entre Michel Barnier et François Bayrou a été décalée de quelques heures, pour permettre à M. Bayrou de se rendre aux obsèques de Jean-Pierre Rioux. Ce dernier était l’un des rares historiens à avoir écrit sur le centre, et j’avais beaucoup de respect pour lui. Je me suis donc replongé dans ce livre, avec ce très bon sous-titre, qui décrit si bien la relation des Français avec le centre : « la politique que nous n’aimons pas ». Ce que montre Rioux, à travers les biographies de douze personnalités centrales (et pas seulement centristes) dans l’Histoire du pays, de Mirabeau à Macron, c’est à quel point les figures centristes ont joué un rôle important. La douzième figure est donc Macron, la onzième c’est Bayrou, et le sous-titre est amusant : « Sans Elysée ». Au-delà de la galerie de portraits, Rioux rappelle trois choses fondamentales pour le centre : la volonté de réconcilier, la subsidiarité de l’Etat (qui ne doit étouffer ni les collectivités territoriales, ni interdire des choses à l’échelon européen), et le respect de l’Etat de droit et des procédures de démocratie représentative. "



La Mouette

Philippe Meyer, créée le 15-12-2024

"Pourquoi faut-il aller voir La Mouette d’Anton Tchekhov mise en scène par Stéphane Braunschweig au théâtre de l'Odéon où elle sera donnée jusqu'au 22 décembre ? Pour la traduction d'André Markowicz et Françoise Morvan, fluide, naturelle, précise. Pour la mise en scène et la direction d’une petite troupe sans faiblesse, avec des actrices et des acteurs qui jouent dense et dépouillé et qui rendent jusqu'au creux et aux non-dits de leurs échanges. Et puis bien sûr, pour la pièce, pour la manière dont son atmosphère nous enveloppe, pour cette visite à un monde borné et finissant, pour tout ce qu'il a de semblable au nôtre, pour tous les vains soupirs et toutes les vaines prétentions d'hommes et de femmes qui ont renoncé à être les acteurs de leur propre destin et qui ne se privent pas d’empêcher les autres d’être les leurs. Pour plus d’arguments, voir la critique de Catherine Robert dans la Terrasse (en lien avec cette brève)."



Textes retrouvés : essais, portraits, articles, conférences

David Djaïz, créée le 15-12-2024

"Je vous recommande ce très beau livre, composé de manuscrits retrouvés de Jorge Luis Borges. On y retrouve la quintessence de l’écriture borgésienne, et je ne résiste pas à l’envie de vous citer un extrait du « Bulletin de toute une nuit » : « Le temps, machinerie infatigable, fonctionne toujours (...) Je suis un mendiant de souvenirs pour un moment, que les montres ne commandent pas et qui s’élargit presque en éternité. Je me dépouille de mon nom, de mon passé, de mon avenir, je suis n’importe qui, la vision m’a déjà quitté, le rêve, le toucher, je ne suis plus personne, je suis comme une plante noire d’obscurité dans un jardin noir que le jour ne réveillera pas. Ce n’est pas dans la lumière du jour mais dans les ténèbres que je gis. Je suis estropié, aveugle, déchaîné, terrible dans ma disparition quotidienne. Je ne suis personne. »"