Les brèves

Trois fermiers s’en vont au bal

Lucile Schmid, créée le 10-11-2024

"Face à l’actualité géopolitique un peu déprimante, je me suis dit que la littérature américaine ferait du bien. Je suis donc allée rechercher dans ma bibliothèque ce livre de Richard Powers, que j’avais lu il y a longtemps. C’est le premier livre de cet auteur qui a connu par la suite un immense succès avec L’arbre-monde. Il y revisite l’Histoire croisée des Etats-Unis et de l’Europe, et tout le XXème siècle, puisque le héros, jeune journaliste de Boston, est fasciné par une photographie d’August Sander, représentant trois jeunes fermiers allant au bal en 1914. Peut-être est-il bon dans la période actuelle de repenser cette Histoire qui nous unit, de nous dire qu’il y a plusieurs Amériques, et que l’une d’elle aime l’Europe et qu’elle aura peut-être un jour droit à la parole. "


Jean Monnet et Charles de Gaulle : destins croisés, oppositions et héritages

Jean-Louis Bourlanges, créée le 10-11-2024

"Je signale deux livres à nos auditeurs. D’abord ce livre collectif, réalisé sous la direction d’Eric Roussel et Laurent Warlouzet, préfacé par Michel Barnier. Très intéressant, car je me sens personnellement assez proche de Michel Barnier (un gaulliste qui a choisi l’Europe, pour le dire vite). Ici, on deux personnalités tout à fait antagonistes qui ont travaillé ensemble. "


Mémoires interrompus

Philippe Meyer, créée le 10-11-2024

"L’Institut Lumière et Actes Sud publient ces Mémoires interrompus de Bertrand Tavernier. C’est aussi passionnant que son Voyage au cœur du cinéma français, on y retrouve la qualité de la mémoire et l’ampleur du regard de l’auteur. C’est à la fois sa ville, Lyon, son enfance, son entrée dans le cinéma, d’abord comme spectateur glouton, puis comme attaché de presse (de Jean-Luc Godard entre autres), ses premiers films, l’importance du soutien de Philippe Noiret … Plus largement, c’est tout le monde du cinéma, avec les films, les producteurs, les acteurs, les techniciens, la cantine des tournages, qu’on retrouve dans ce livre, avec la générosité de Bertrand Tavernier. Et bien que le livre soit assez épais, il se termine très tôt, avec Un dimanche à la campagne, qui est l’un de ses films que je préfère. Mais c’est une bonne chose que le livre se termine sur ce film, que Bertrand a fait (et réussi) contre toute raison, et qui lui avait valu les insultes les plus répugnantes de certains journaux."





Zombis : la mort n’est pas une fin ?

Lionel Zinsou, créée le 10-11-2024

"C’est une exposition que je vous recommande cette semaine, au musée Jacques Chirac, qu’on appelle encore « du Quai Branly » (bien qu’il n’y ait plus de quai Branly). Que se passe-t-il d’intéressant après le trépas ? Toutes les cultures humaines se sont posées la question. En tant que Béninois, je suis passionné par les zombis, car c’est une forme d’eschatologie, même si elle est un peu pénible puisque cette « vie » procède de la magie noire, et que les statues sont légèrement inquiétantes … On peut donc traiter l’anxiété de l’actualité par l’angoisse ! Allez voir cette exposition, consacrée au vaudou haïtien. Le mot même de « zombi » vient du Congo, alors que le vaudou est typiquement béninois. Allez voir « Zombis », et dites-vous qu’il existe un vaudou plus doux que celui d’Haïti et du Brésil. Cette vie après la mort n’est peut-être pas très exaltante, mais elle est passionnante."



Figures du fou : Du Moyen Âge aux Romantiques

Lucile Schmid, créée le 27-10-2024

"Je vous recommande moi aussi une exposition qui a commencé il y a peu, mais cette fois au Louvre. Évidemment, c’est notre sujet sur la santé mentale qui me l’a évoquée. Elle nous fait réaliser combien le fou est une figure à la fois symbolique et réelle, c’est chacun d’entre nous. De la cour du roi au carnaval en passant par le jeu d’échecs … On découvre ainsi que dans ce jeu (né en Inde), la figure commence par être un éléphant, puis un évêque (ce qu’il est toujours dans le jeu anglais), avant de devenir un fou. J’ai aussi découvert comment la période romantique est celle où l’on se réintéresse au fou, mais quand il est couronné : Charles VI, ou Jeanne de Castille, une figure que je ne connaissais pas du tout, à la biographie passionnante : décrétée folle parce qu’elle aimait trop son mari, et que son père désirait régner à sa place. Là encore, il y a de quoi méditer …"


Caillebotte : peindre les hommes

Philippe Meyer, créée le 27-10-2024

"La seconde est pour cette exposition, dont on peut dire qu’on ne la reverra sans doute jamais, parce qu’il y a une quantité considérable d’œuvres de Caillebotte (peintures, mais aussi dessins) venues de collections privées. Le travail nécessaire à réunir tout cela ne sera pas reproduit avant très longtemps, il ne faut donc surtout pas la rater. L’exposition est magnifique, très bien organisée, la diversité et l’originalité des tableaux donne une idée de la formidable originalité de ce peintre longtemps sous-estimé. D’après les jeunes gens qui gardent les salles, si l’on vient le matin (cela ouvre à 9h30 et là encore, il est possible de réserver) ou le soir d’ouverture hebdomadaire (le jeudi), c’est nettement moins fréquenté. Exceptionnel."



Mesopotamia

François Bujon de L’Estang, créée le 27-10-2024

"Je reste proche de la géopolitique avec ce livre d’Olivier Guez, qui avait déjà obtenu le prix Renaudot en 2017 pour son livre « La disparition de Josef Mengele », qui était remarquable. Ici, c’est un roman historique, ou de l’histoire romancée. Nous sommes au moment où l’empire ottoman est dépecé par la France et le Royaume-Uni, après la première guerre mondiale, et la création de ce qui est devenu l’Irak d’aujourd’hui. L’auteur construit son intrigue autour de figures hautes en couleur, et notamment Gertrude Bell, personnage romanesque à souhait : riche britannique, mi-archéologue, mi-agent secret. Une façon très plaisante de se plonger dans les origines du Moyen-Orient moderne."