Les brèves

Je veux témoigner jusqu'au bout : journal 1942-1945

Michaela Wiegel, créée le 21-09-2025

"Je conseille également le journal de Victor Klemperer (qu’il a tenu de la République de Weimar jusqu’à la fin de la guerre). On y suit la lente marche vers l’exclusion et l’anéantissement des Juifs, et on est frappé par les similitudes avec certains discours publics d’aujourd’hui. Un texte bouleversant qui permet de mesurer, presque au quotidien, la montée de l’oppression et la façon dont elle a été vécue par les victimes."


Georges Marchais ou la fin des Français rouges

Jean-Louis Bourlanges, créée le 21-09-2025

"J’ai lu cette biographie de Georges Marchais, écrite par Sophie Coeuré, professeure à l’université Paris-Cité et spécialiste de l’Union soviétique. Après avoir longtemps travaillé sur les archives soviétiques, elle s’est tournée vers le chef de la « succursale française », analysant le système à travers Marchais plutôt que depuis Moscou. Le livre montre d’abord combien le mensonge initial sur la participation de Georges Marchais au STO a pesé sur toute sa carrière : il en a été culpabilisé, manipulé, et cela a façonné sa trajectoire. Il souligne aussi son insertion profonde dans le combat internationaliste dirigé par l’URSS. Ce qui me frappe en refermant cette biographie, c’est que, malgré l’importance de Marchais à son époque — les gens de ma génération ont tous en tête ses discours, ses gestes, son rôle de contemporain capital — il ne reste aujourd’hui plus rien de lui."


La joie ennemie

Lionel Zinsou, créée le 21-09-2025

"Je recommande ce livre de la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi, qui raconte l’histoire d’une enfant puis d’une adolescente marquée par la décennie noire en Algérie, lorsque le terrorisme du GIA a ensanglanté le pays. Ce témoignage montre comment ce traumatisme se poursuit dans sa vie d’adulte, aujourd’hui en France. Un texte magnifique, écrit dans une langue qui rappelle Camus, et qui fait revivre toute l’intensité de la guerre civile et de ses cicatrices. Le cadre choisi par l’auteure m’a particulièrement frappé : elle écrit en passant une nuit au musée Picasso, une autre à l’Institut du monde arabe, notamment autour d’une exposition consacrée à Baya, grande artiste algérienne des années 1940 à 1960. Ces nuits au musée (qui font partie d’une collection des éditions Stock, où des intellectuels et des artistes se retrouvent enfermés avec les œuvres) déclenchent en elle une série de réflexions et d’émotions très puissantes. C’est à la fois un texte magnifiquement écrit et un témoignage terrible sur la guerre civile."


Hommage à Robert Redford

Philippe Meyer, créée le 21-09-2025

"Robert Redford qui vient de mourir a réalisé une dizaine de films. Il marquait une préférence pour son premier, Des Gens ordinaires, non seulement parce qu’il avait dû affronter toutes sortes d’obstacles pour le monter, mais parce qu’il s’y exprimait sur un thème pour lui essentiel que l’on retrouve dans Et au milieu coule une rivière, celui de la complexité et de la difficulté des liens familiaux, celui de l’amour des uns pour les autres qui se heurte à d’incompréhensibles obstacles qui n’ont rien à voir avec le manque d’affection mais avec l’incapacité à l’exprimer, ou à la traduire en actes. Je crois que l’essentiel de ce qu’a réussi à montrer Redford est exprimé par le pasteur presbytérien, père des deux frères de Et au milieu coule une rivière, aussi dissemblables que pleins d’affection l’un pour l’autre et pour leurs parents, qui expriment leur proximité, non dans les mots mais une passion commune pour la pêche. Longtemps après la mort tragique du plus jeune, dans son prêche d’un dimanche qui clôt le film, le pasteur s’adresse ainsi à ses ouailles, à sa femme et à son fils aîné : « Il arrive dans la vie de chacun d’entre nous un moment où, voyant un être aimé dans le besoin, nous nous demandons : je veux l’aider, seigneur, mais de quoi a-t-il besoin ? Car nous pouvons rarement aider nos proches, soit que nous ignorions quelle part de nous-mêmes donner, soit que la part que nous avons à donner ne convienne pas. Ainsi ce sont ceux que nous devrions connaître qui nous échappent, mais nous pouvons les aimer quand même, aimer complètement sans comprendre entièrement. »"


Assassinat de Charlie Kirk

Philippe Meyer, créée le 14-09-2025

"L’assassinat de Charlie Kirk m’a conduit à lire et visionner ce qui était disponible sur cet influenceur américain, notamment les vidéos de différentes manifestations dont il était l’animateur. D’abord, on voit qu’il était davantage un MAGA qu’un trumpiste, du moins qu’il avait commencé à prendre ses distances avec Donald Trump à cause de l’affaire Epstein. Ensuite on s’aperçoit à quel point cette affaire illustre parfaitement la thèse du livre de Mathieu Gallard Les États-Unis au bord de la guerre civile ?, qui était sous-titré « pourquoi les Américains se détestent ». Le livre est une analyse de la polarisation de la vie politique aux USA, commencée après la guerre (qui avait soudé la nation), et qui n’a cessé de croître depuis. D’après Mathieu Gallard, jusque dans les années 1990, il existait encore un sentiment d’appartenance à une collectivité nationale. On pouvait encore s’entendre sur certains grands enjeux structurants. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, où l’on observe une polarisation affective : non seulement on est en désaccord idéologique profond avec les électeurs du parti adverse, mais ne plus, on ne les aime pas : on les juge malhonnêtes, malveillants. réer, ce ne sont plus seulement des adversaires, mais bien des ennemis. "


Un simple accident

Nicole Gnesotto, créée le 14-09-2025

"Durant mes pérégrinations estivales, j'ai eu la chance d'assister en avant-première à la projection du film qui a eu la palme d'or cette année, réalisé par Jafar Panahi, cinéaste iranien. Il sortira le 1er octobre, et c’est un film absolument exceptionnel pour deux raisons. D’abord son style, c'est très rare d'avoir du cinéma qui innove. Or ce film se déroule à la fois comme une tragédie filmée à l'intérieur d'une camionnette, mais c’est aussi un film fellinien avec des scènes d'un burlesque extraordinaire. C'est un mélange virtuose de styles cinématographiques. Ensuite, il y a bien sûr sur le contenu, parce qu'on a vu beaucoup de films sur l'atrocité du régime iranien, c'est la première fois que je vois la corruption comme un sujet central. Par exemple tous les policiers ont un terminal de carte bleue dans la poche, ce qui facilite la vie de tout le monde … C'est un film d'une complexité et d'une facture tout à fait intéressante ; il vous marque longtemps."


Hommage à Rick Davies

Richard Werly, créée le 14-09-2025

"Pour ma part, à l’occasion e la disparition de Rick Davies, ce sera un hommage à notre jeunesse, l'hommage à Supertramp ; une musique, un style musical, mais aussi un certain sens de la fête … Mais c'était aussi une image des Etats-Unis. Des Etats-Unis qui faisaient rêver, vous vous rappelez la pochette de l’album Breakfast in America. Je me demande aujourd'hui qui a encore envie de prendre son petit déjeuner en Amérique ou d'avoir un petit déjeuner américain. On a écouté beaucoup Supertramp ces jours-ci et ça faisait du bien dans ce marasme français et dans cette inquiétude américaine."


La peau dure

Marc-Olivier Padis, créée le 14-09-2025

"Dans la rentrée littéraire, énormément de livres parlent de relations familiales et j'ai choisi de lire celui que Vanessa Schneider consacre à son père Michel Schneider, haut fonctionnaire, essayiste, psychanalyste et musicien. Il avait été directeur de la musique au ministère de la Culture et avait écrit un essai, une critique radicale de la période Jack Lang, très polémique, mais très vigoureux, très documenté, et assez courageux. Mais aussi un livre sur Glenn Gould, vraiment magnifique, un chef d'œuvre d'initiation, en tout cas pour quelqu'un comme moi qui connaît mal la musique classique. Vanessa Schneider choisit un angle un peu générationnel en comparant sa génération à celle de son père, cette génération d'après-guerre qui a fait mai 68, qui s'est fourvoyée dans le gauchisme (le maoïsme dans le cas de son père) et qui s'est rattrapée après le tournant de 1981. Et comme le dit Michel Schneider à sa fille « nous sommes la première génération à avoir tué à la fois le père et le fils ». C'est cette citation qui fournit le fil rouge de cette remémoration filiale et familiale."



Jusqu'au bout de la nuit : les vies de Jacques Benoist-Méchin : 1901-1983

Matthias Fekl, créée le 14-09-2025

"Et pour l'histoire je recommande la lecture de la remarquable biographie d'Éric Roussel consacrée à Jacques Benoist-Méchin. Grand intellectuel des années 1920 et 1930, fasciné par le fascisme et par l'Allemagne nazie, il s’agit d’une réflexion sur comment on peut être brillant, cultivé et pourtant se fourvoyer totalement. Le livre traite aussi de la fascination pour la force, malgré l'abjection de ces régimes, on comprend qu'il y a un gros problème, au moment où, écrit Éric Roussel, Laval considère que Benoist-Méchin est trop proche de l'Allemagne … Et puis par contraste, cela montre aussi que malgré toutes ces imperfections, dans les périodes troubles l'attachement à la démocratie doit demeurer indéfectible."


Jean-Louis Bourlanges officier de la Légion d’honneur

Philippe Meyer, créée le 07-09-2025

"Vendredi 5 septembre aux environs de 20h, dans la salle de l’horloge du ministère des Affaires étrangères, au Quai d’Orsay, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères M. Jean-Noël Barrot a épinglé les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur sur le sein de Jean-Louis Bourlanges. Le ministre a, comme c’est l’usage, prononcé un discours, dont vous trouverez les extraits les plus substantiels, et notamment tous ceux qui montrent l’écho que le Nouvel Esprit Public rencontre après ces huit ans de podcast. Jean-Louis Bourlanges a répondu par un discours, qui revient sur l’ensemble de son engagement politique et de son analyse notamment en matière de situation internationale. Et pour la première fois depuis que je le connais, il a tenu son engagement traditionnel en ce qui concerne la brièveté. C’est-à-dire qu’il a commencé en disant « Je ne serai pas bref ». Et il a tenu parole … Et je ne m’en suis pas plaint ..."


Abundance

Antoine Foucher, créée le 07-09-2025

"Je voudrais recommander ce livre, présenté aux États-Unis comme le nouvel évangile de la gauche américaine ou des Démocrates, d’Ezra Klein et Derek Thompson. Il n’a pas encore été traduit en français, mais l’avantage des sciences humaines en anglais, c’est que ça se lit beaucoup plus facilement que de la littérature. Et c’est intéressant pour trois raisons. La première, c’est qu’il vient de la gauche ; la deuxième, c’est la vivacité et la lucidité de la critique de la gauche sur la gauche, en donnant des chiffres assez cruels, c’est une critique très violente et documentée. La deuxième raison, c’est que la solution ne consiste pas à distribuer de l’argent. Parce que l’argent ne sert à rien quand il n’y a pas assez de biens. Ça ne sert à rien de donner de l’argent aux gens pour acheter des logements si on ne construit pas assez de logements. Et la troisième raison, c’est que l’auteur s’en sort par un espèce de technomessianisme en disant que si les États-Unis investissent sur la technique, elle nous sauvera. Donc, le monde qu’il trace n’est pas enviable. Mais quand même, la lucidité sur la critique et l’idée qu’il faut produire plus et arrêter de donner plus d’argent et moins de biens, est quand même intéressante."